Dimanche 30 décembre 2007

 

       Il y a 111 ans, le 30 décembre 1896,  José Rizal, condamné à mort par un tribunal militaire, était exécuté sur une place de Manille, capitale des Philippines, colonie espagnole. Sa mort avait été voulue par les ultras et, surtout, les responsables des différentes congrégations religieuses, propriétaires de 170.000 hectares de terres, qui tenaient l’île sous leur coupe. Elle fut mise en œuvre par le général de Polavieja, un gouverneur sans scrupules, récemment arrivé dans la colonie, mal conseillé par son entourage,  qui se trompa de bout en bout dans son analyse de la situation politique et fit de Rizal un martyre en l’envoyant devant un peloton d’exécution.  Ce patriote hispano philippin était un homme d’aspect sévère, toujours vêtu de noir, qui soignait sans distinction les riches et les pauvres, écrivait des romans anticléricaux, fréquentait une loge maçonnique et parlait ou comprenait une vingtaine de langues, un homo universalis des tropiques en quelque sorte. Sur le plan politique,  il demandait bien peu de choses, que les Philippines soient considérées comme une province espagnole à part entière et bénéficient d’une représentation au parlement espagnol, les Cortes.

L’alliance hétéroclite des militaires, des marchands et des religieux qui refusait toute évolution politique allait transformer une révolte populaire en une féroce guerre d’indépendance, entraînant l’intervention des Etats Unis d’Amérique, la défaite de l’Espagne et  la perte de ses dernières colonies. La description qui suit des derniers instants de Rizal est tirée de « Balintawak, le cri de la liberté », roman de Emile Martinez*

 

 

Manille, le 30 décembre 1896.

 

J’ai à peine dormi quelques heures traversées de cauchemars, me réveillant dans des draps trempés de sueur. L’image d’un Rizal calme et détaché comme si sa mort ne représentait qu’une simple formalité m’obsède. A cinq heures du matin je regagne la forteresse. Le lieutenant avec qui j’avale une tasse de café me dit que le condamné a passé la nuit en compagnie de religieux et accepté de signer la formule de rétractation exigée par le Cardinal. Plus rien ne s’oppose au mariage qui sera célébré dans un moment.

A cinq heures trente, Joséphine arrive. Je remarque son extrême jeunesse, la couleur flamboyante des cheveux roux hérités de sa mère irlandaise et le sentiment de détermination qui émane de toute sa personne. Le condamné -costume noir, gilet blanc et cravate noire- attend dans la chapelle. Après les salutations d’usage, la cérémonie célébrée par un de ses anciens professeurs, le Père Balaguer, commence. Elle est interrompue par le Maire de Manille qui prétend se placer entre les futurs époux afin de leur interdire tout contact. Fureur de l’officiant qui autorise José et Joséphine à se tenir par la main conformément aux traditions. Quand la formule sacramentelle est prononcée, il est cinq heures quarante. Tout le monde se retire pour laisser les époux en tête à tête.

A cinq heures quarante cinq, le lieutenant ordonne à Joséphine de quitter la cellule. Elle éclate en sanglots, supplie, s’agrippe à Rizal. Les gardes l’entraînent de force hors de la pièce mais elle se débat avec l’énergie du désespoir distribuant coups de pieds et de griffes, traitant ses bourreaux de tous les noms. Rizal, pendant ce temps, pleure doucement sur l’épaule du père Balaguer…À six heures, il se ressaisit et demande à écrire un dernier mot que le lieutenant exige de lire à voix haute avant de le cacheter :

«  Très cher père,

Pardonnez-moi la douleur avec laquelle je paie vos sacrifices pour me donner une éducation. Je n’ai pas voulu cette situation et ne l’attendais pas. Adieu, père, adieu. »

Le lieutenant ordonne maintenant à Rizal de se préparer. Le condamné fait ses adieux au père Balaguer et met son chapeau. Les gardes lui attachent les coudes dans le dos, de manière assez lâche pour qu’il conserve une petite liberté de mouvement. Dans la cour, le peloton forme les rangs. Rizal est placé au centre, un prêtre de chaque côté. Luis Taviel de Andrade qui arrive, tout essoufflé, au moment où le cortège s’ébranle, se met derrière lui.

Dehors, le ciel est clair, sans nuages. Une foule immense de Philippins massée de chaque côté de la rue attend depuis l’aube. Quatre chasseurs, baïonnette au canon, ouvrent la marche. Derrière, viennent une section de fantassins indigènes et cinquante soldats espagnols prêts à parer à toute éventualité. Des hommes se découvrent au passage de Rizal qui répond par une inclination de tête... Bientôt on aperçoit deux tours se détachant dans le ciel bleu. Rizal demande au lieutenant de Andrade si ce sont celles de l’Ateneo où il a fait ses études secondaires :

 « J’ai passé sept ans heureux, là bas, et je regretterais sincèrement que les Jésuites aient eu des ennuis à cause de moi. C’était de bons professeurs. »

A l’un des religieux à ses côtés, il fait remarquer :

« Regardez ! On voit l’île de Corregidor et les montagnes de Cavite. Comme cette matinée est belle ! »

Le cortège arrive au parc de la Luneta où une foule bruyante, majoritairement composée d’Espagnols cette fois, attend avec curiosité, comme au spectacle. Cachant mal son émotion, le lieutenant Tavel de Andrade se sépare de Rizal par une longue poignée de main sans que l’on puisse entendre ce qu’ils se disent. Joséphine, entièrement vêtue de noir, tente de s’approcher de son mari mais les gardes l’en empêchent. Au moment où on lui demande de prendre place devant le poteau d’exécution, Rizal se tourne vers l’un des Jésuites qui l’accompagne :

 « Comme c’est dur de mourir, père, comme on souffre ! Mais je pardonne à ceux qui m’ont envoyé ici. Je n’ai aucune haine dans mon cœur, croyez-moi. »

Le père lui donne un crucifix à baiser mais il le détourne d’un geste et s’avance vers le poteau. Huit soldats philippins du soixante dixième régiment de ligne lui font face. Derrière eux, huit chasseurs espagnols se tiennent prêts au cas où les Indigènes refuseraient de tirer. Tout autour, sur trois côtés, sont massés deux compagnies du bataillon expéditionnaire, une centaine de soldats philippins, autant de volontaires territoriaux et plusieurs formations musicales de la garde.

Le moment est venu. Le commandant du détachement demande à Rizal de tourner le dos au peloton. Ce dernier proteste :

 « Je n’ai trahi ni ma patrie, ni la nation espagnole…

 – Ce sont les ordres…

 – Et bien, fusillez-moi comme vous l’entendez, mais ne tirez pas dans la tête.

 – Les soldats ont ordre de viser au cœur. Vous pouvez vous agenouiller si vous préférez...

 – Je resterai debout… »

Quelques minutes avant sept heures, un médecin militaire s’approche :

 « Permettez-moi, collègue, de vous prendre le pouls…Il est parfaitement normal. »

Rizal se contente de hocher les épaules. Les Jésuites entonnent leurs prières à haute voix :

 « Jésus... Marie... Joseph... » mais il ne les voit plus. La voix du capitaine retentit :

 « Préparez ! Visez !  Feu ! »

Le cœur traversé par les balles, Rizal s’effondre. En tombant, son corps vire sur le côté droit et lorsqu’il touche le sol sa tête regarde le soleil. Le capitaine s’approche et donne le coup de grâce. Des cris « vive l’Espagne »  jaillissent de la foule auxquels répondent quelques « vive la justice » et, plus timides encore, de rares « Balintawak ». A côté de moi, le propriétaire d’un bar de Manille continue de crier « vive l’Espagne » en faisant mine d’avancer vers le corps qui a cessé de bouger mais un officier le stoppe net dans son élan :

 « Tais-toi, imbécile, et reste où tu es ! »

La marche de Cadix couvre les clameurs de la foule. Comme si elles venaient de remporter une victoire, les troupes défilent devant la dépouille de Rizal. Une immense tristesse m’envahit devant l’énormité de ce gâchis. Comment un général arrivé depuis peu dans le pays, mal conseillé, totalement fourvoyé, a-t-il pu envoyer sans scrupules à la mort un homme juste, pacifique et bon ? Matamoros que je retrouve dans la foule est aussi désemparé que moi :

 « Ils en ont fait un martyr... Plus rien, ni personne, n’empêchera désormais les Philippines de devenir indépendantes. »

*  Editions Pietra Liuzzo. Janvier 2008.

 

 

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Mardi 25 décembre 2007

      Je suis depuis longtemps un athée convaincu et l'idée négative que je me fais des religions ne cesse de se renforcer au cours des années. Pourtant, aujourd' hui, jour de Noël, je veux offrir à tous les Chrétiens ce beau texte écrit par un Kabyle qui signe le libertaire. Certains verront dans le courage et la pureté des  nouveaux  Chrétiens de Boudjima, la main de Dieu. Je n'y vois pour ma part que l'un des nombreux témoignages de résistance d'un peuple qui a rejeté tout au long des siècles l'assimilation voulue par les différents colonisateurs et qui, aujourd'hui encore, refuse de  mourir.  Alors, qu'importe? Je souhaite longue vie aux Chrétiens de Boudjima,  ce petit village que j'aimerais bien  connaître, proche de Tigzirt et de Port Gueydon, des lieux chers à ma mémoire.E.M.

Un vendredi du mois d’août 2007. L’implacable lumière blanchit le ciel. La montagne assombrie de broussailles rafraîchit ses basques dans les ourlets d’écume de la Méditerranée. Le vendredi - islam oblige - est devenu le dimanche des Algériens. Impeccable, la route déroule ses lacets depuis Tigzirt, minuscule port de pêche sans pêcheurs, jusqu’au col d’Agouni Gueghrane qui révèle un fascinant paysage de sommets chaotiques : Haute Kabylie vers le sud, barrée par le puissant Djurdjura, Tamgout vers le nord, ce pic où, selon la tradition le brouillard a créé ses racines.

Une lieue plus bas, c’est Boudjima, un village kabyle accroché à un replat, défiguré par les nouvelles et laides bâtisses à étages de parpaings, de briques et de béton, en éternelle voie d’achèvement faute d’argent. Une piste rugueuse conduit, au-dessus du village, à une villa isolée, blanche, à deux étages, revêtue d’une enseigne insolite : Eglise de Boudjima. Un couple de Kabyles de Tigzirt auquel j’avais demandé de me faire rencontrer des chrétiens m’avait invité à assister à un « culte » (l’équivalent d’une messe) à Boudjima.

Depuis longtemps, je tenais à entendre ces compatriotes nés musulmans puis devenus chrétiens, non sous l’influence des Pères Blancs de l’époque coloniale mais de leur propre chef, longtemps après la décolonisation. Le motif avancé par l’opinion courante est que les conversions au christianisme permettraient d’obtenir facilement un visa pour émigrer en France.

Deux rideaux ferment la façade d’un ancien garage attenant à l’église. De l’extérieur, j’entends un chœur de voix puissantes chanter des psaumes rythmés par un accompagnement de tambour, de guitare et de flûte. Profitant d’une pause, je tambourine sur la tôle. Un jeune vient m’accueillir, me souhaite la bienvenue et m’invite à assister au culte.

Le local du culte couvre une soixantaine de mètres carrés. Côté gauche, une douzaine de femmes, certaines en robe et fouta kabyles, d’autres en polo et blue-jean ou en robes claires. Côté droit, une vingtaine d’hommes en pantalons longs et chemisettes, chaussés de sandales. Deux ou trois en costume cravate.

Devant un autel, le pasteur, la trentaine élancée, délivre son prêche en langue kabyle mêlée de mots français que toute l’assistance comprend. Une croix ornée de lierre est accrochée à l’un des murs. De temps en temps, guitare au flanc, un assistant le relaye. Le thème de ce vendredi, c’est la légende biblique de David et Goliath. Sur un signe du pasteur, l’un des fidèles lit un passage (en français) de la Bible.
L’essentiel du prêche ; « Dieu s’est fait homme pour racheter nos péchés. Il faut l’aimer, avoir une totale confiance en lui, aimer toutes ses créatures. »

Une jeune (et belle) jeune femme chante un psaume, micro en main.
Un jeune offre à chacun des présents un morceau de galette kabyle en guise d’hostie (le corps du christ) et une gorgée d’un excellent vin rouge (le sang du Christ.) Tout ce monde communie avec ferveur. Parfois, debout, les bras levés en arc, les fidèles chantent une prière. Les visages lumineux, les voix ardentes donnent l’impression qu’en face leur apparaît le visage de Jésus. L’un des fidèles, en costume de ville, s’agenouille et prie d’un air d’extase.

Le pasteur me renseigne : il y a des jeunes, des hommes mûrs, des vieux.
Des fonctionnaires, des ouvriers, des professions libérales, des sans emploi. Il y a des femmes au foyer, des enseignantes, des employées.
« – Les gens disent que vous vous convertissez pour obtenir plus facilement un visa. »
Un éclat de rire me répond : « – Nous attendons du christianisme un visa pour le paradis de Dieu. »

Le culte a duré trois bonnes heures. Dans une salle rectangulaire, une assiette de couscous aux haricots verts suivie d’un dessert de figues fraiches est offerte à chacun. Une boîte est accrochée à un mur. Celui qui le désire peut y glisser une obole. Avant de se disperser, les adeptes devisent sur l’esplanade.
Maintenant le soleil est brûlant. En contrebas le village paraît anesthésié.

Des communautés chrétiennes se réunissent dans de nombreux autres villages. On dit que la région de Tigzirt est la plus concernée. Le christianisme perce aussi dans des régions arabophones d’Algérie, quasiment clandestin.
Au hasard des rencontres, j’ai demandé à des Kabyles musulmans leur avis sur l’évangélisation. Réponse unanime : « Chacun est libre de choisir sa religion. »

Je songe aux 84 ans de cet ancien émigré : « J’ai vécu en Bretagne. Amoureux d’une Bretonne, j’ai demandé sa main. Ses parents me l’ont refusée parce que je ne suis pas catholique. Je suis alors devenu athée et je le reste. »

L’attitude des autorités gouvernementales ? Deux lois votées cette année 2007 menacent de sanctions pénales quiconque tenterait de détourner les gens de l’islam. L’exercice collectif du culte chrétien est soumis à des formalités bureaucratiques. Cependant, la Constitution garantit à tous la liberté de conscience.
Certains affirment que le Coran ordonne de tuer les musulmans qui apostasient. En effet de nombreux versets le prescrivent.
  
Songeur, je regagne Tigzirt. L’évangélisation serait-elle une chance pour la Kabylie ? Un violent vent d’est souffle une chaleur d’incendie de forêt. Des combats font rage depuis une semaine à Yakourene, à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau de Boudjima : des militaires musulmans de l’armée algérienne tentent d’exterminer les rebelles musulmans qui viennent d’attaquer la gendarmerie de cette localité et de tuer quelques gendarmes musulmans. Ad majorem dei gloriam !


Article mis en ligne le 10 octobre 2007 sous la signature "Le libertaire" sur le site Kabyle.net, le magazine engagé kabyle  www.kabyles.net

 
 
 
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Lundi 24 décembre 2007
Je ne le connais pas personnellement et je ne sais  pas si les  autorités, de  ce côté ci de la Méditerranée ou de l'autre, ont reconnu ses mérites. Je voudrais en tout cas lui rendre hommage pour le don inestimable qu'il nous fait. Il s'agit de de M. Alain Spenatto, ancien élève de l'Ecole normale de Constantine qui, depuis Aurillac, travaille à sauver  la mémoire de l'Algérie ancienne.Vous pouvez télécharger gratuitement 111 ouvrages introuvables écrits entre le 14ème et le 20ème siècle sur son site www.algerie-ancienne.com . D'autres suivront  sur l'Algérie turque et l'Algérie romaine. Enfin, M. Spenatto, espère mettre en ligne l'ensemble de la collection de l'excellente Revue africaine aidé par Mm. Hacene Kheznadji et Mustapha Nachetazi d'Alger. S'ils en ont la force comme il l'écrit... Souhaitons leur de l'avoir pour de longues années encore.

              



Liste des 111 ouvrages disponibles classés par dates de rédaction.
 

 

Titres des ouvrages

Dates

Auteurs

Rayons

HISTOIRE DES SOUVERAINS DU MAGHREB.

1326

Abou Moh. SALAH. Trad : A. BEAUMIER

HISTOIRE

PRÉPARATIFS POUR SURPRENDRE ALGER.

1602

CONESTAGGIO

HISTOIRE

HISTOIRE DE BARBARIE ET DE SES CORSAIRES.

1646

Père Pierre DAN

RELIGIONS

RELATION DE L’INTÉRIEUR DU SÉRAIL.

1675

Jean-Baptiste TAVERNIER

DOCUMENTS

HISTOIRE DE L’AFRIQUE.

1681

EL KAÏROUANI

HISTOIRE

HISTOIRE DU ROYAUME D’ALGER.

1725

Jacques Philippe LAUGIER DE TASSY

HISTOIRE

MÉMOIRES ARVIEUX. TOME V.

1735

Chevalier Laurent d'ARVIEUX

DOCUMENTS

LA BACRIADE ou la guerre d'Alger.

1827

BARTHELEMY et MERY.

DIVERS

VOYAGE DANS LA RÉGENCE D’ALGER.

1830

Docteur SHAW

DOCUMENTS

LA CAMPAGNE D'AFRIQUE.

1830

A. M. PERROT

DIVERS

DE L’EXPÉDITION D’AFRIQUE EN 1830.

1832

Édouard d'AULT DUMESNIL

DOCUMENTS

ALGER ET LES CÔTES D’AFRIQUE.

1832

A. DE FONTAINE DE RESBECQ

DIVERS

ANNALES ALGÉRIENNES. Édition de 1836, 3 Tomes

1836

Henri PELLISSIER de REYNAUD

ANNALES

FONDATION DE LA RÉGENCE D’ALGER. 2 Tomes

1837

Sander RANG et Ferdinand DENIS

DOCUMENTS

GÉOGRAPHIE MÉDICALE D’ALGER ET DE SES ENVIRONS

1839

Docteur M. BONNAFONT

DIVERS

LE DUC DE CARAMAN. EN 1836 À CONSTANTINE.

1843

DUC DE CARAMAN

DOCUMENTS

COLONISATION DE L’ALGÉRIE.

1843

Prosper Barthélemy ENFANTIN

ESSAIS

L'ALGÉRIE PAR ROZET ET CARETTE.

1846

ROZET et CARETTE

HISTOIRE

HISTOIRE DE LA GRANDE KABYLIE

1847

Général DAUMAS

HISTOIRE

TRAVAILLEURS ET COLONISATION DE L’ALGÉRIE.

1848

Gaston de RAOUSSET-BOULBON

ESSAIS

EXPÉDITION DU GÉNÉRAL CAVAIGNAC DANS LE SAHARA

1849

Docteur Félix JACQUOT

SAHARA

GUERRES ROMAINS, BYZANTINS, VANDALES.

1852

Adolphe DUREAU DE LA MALLE

HISTOIRE

DE LA PROSTITUTION DANS LA VILLE D’ALGER.

1853

Docteur E.-A. DUCHESNE

ESSAIS

ORIGINE ET MIGRATIONS DES TRIBUS DE L’ALGÉRIE.

1853

E. CARETTE

HISTOIRE

MŒURS ET COUTUMES DE L’ALGÉRIE.

1853

Général DAUMAS

SAHARA

ANNALES ALGÉRIENNES. Édition de 1854, 3 Tomes

1854

Henri PELLISSIER de REYNAUD

ANNALES

L’ALGÉRIE FRANÇAISE. 2 Tomes

1856

Arsène BERTEUIL

 
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Lundi 24 décembre 2007
REVUE AFRICAINE. 16 Volumes de 1 à 20. (4 volumes manquent)
1856
SOCIÉTÉ HISTORIQUE ALGÉRIENNE Revue Africaine

ALGÉRIE UN REGARD ÉCRIT

1856

Pauline de NOIRFONTAINE

DIVERS

LES SAINTS DE L’ALGÉRIE
1857
Victor BÉRARD, RELIGIONS

ESCLAVES ET MARTYRS DE BARBARIE.

1857

ABBE Léon GODARD

RELIGIONS

LE RAÏS HAMIDOU. Notice biographique
1859
Albert DEVOULX ESSAIS
GÉRONIMO, LE MARTYR DU FORT DES VINGT-QUATRE-HEURES.
1859
A. BERBRUGGER RELIGIONS

LE COMMERCE ET LA NAVIGATION DE L’ALGÉRIE.

1860

F. ELIE DE LA PRIMAUDAIE

HISTOIRE

L’ALGÉRIE POUR LES ALGÉRIENS.

1861

Georges VOISIN (pseudo Ismayl Urbain)

ESSAIS

LES FRANÇAIS DANS LE DÉSERT DU SAHARA
1863
Colonel C. TRUMELET SAHARA

ABD-EL-KADER, SA VIE POLITIQUE ET MILITAIRE.

1863
Alex. BELLEMARE ESSAIS

L’ALGÉRIE DEVANT L’EMPEREUR.

1865

Docteur Auguste WARNIER

ESSAIS

ORAISON FUNÈBRE DU GÉNÉRAL DE LAMORICIÈRE.

1865

Monseigneur Félix DUPANLOUP

ESSAIS

HISTOIRE DE LA CONQUÊTE D’ALGER.

1867

Alfred NETTEMENT

HISTOIRE

L’ORIGINE DES BERBÈRES.

1867

M. G. OLIVIER

ESSAIS

LA MARINE DE LA RÉGENCE D’ALGER.

1869

Albert DEVOULX

HISTOIRE

LE R’AZOUAT EST-IL L’OEUVRE DE KHEIR-ED-DIN ?

1873

Henri-Delmas DE GRAMMONT

ESSAIS

SAINT-CYPRIEN ET L’ÉGLISE D’AFRIQUE AU IIIe SIÈCLE.

1873

MONSEIGNEUR FREPPEL

RELIGIONS

VINGT ANS EN ALGÉRIE (PAR UN COLON).

1875

A. VILLACROSE

DOCUMENTS

OCCUPATION ESPAGNOLE EN AFRIQUE DE 1506 à 1574.

1875
F. Élie de la PRIMAUDAIE. DOCUMENTS

RAPPORT DE PAUL SOLEILLET.

1875

Paul SOLEILLET

SAHARA

HISTOIRE DE LA CALLE.

1877

Charles FERAUD

HISTOIRE

VISITE AU PALAIS DE CONSTANTINE.

1877

Charles FERAUD

DOCUMENTS

ALGÉRIE — MZAB —TILDIKELT.

1877

Paul SOLEILLET

SAHARA

CONSTANTINE AU XVIe SIÈCLE.

1879

Ernest MERCIER

DOCUMENTS

DOUZE ANS EN ALGÉRIE DE 1830 À 1842.

1880

DOCTEUR Jean-Pierre BONNAFONT

DOCUMENTS

EXCURSION DE PARLEMENTAIRES EN ALGÉRIE.

1880

Paul BOURDE

DOCUMENTS

VOYAGE À CONSTANTINE.

1880

Louis REGIS

DOCUMENTS

MARABOUTS ET KHOUANS.

1884

Louis RINN

RELIGIONS

LE MAHDI DEPUIS LES ORIGINES.

1885

James DARMESTETER

RELIGIONS

BOUFARIK. — UNE PAGE DE LA COLONISATION.
1887
Colonel C. TRUMELET DOCUMENTS
BLIDA RÉCITS, LÉGENDE, TRADITION, HISTOIRE 2 Tomes.
1887
Colonel C. TRUMELET DOCUMENTS

HISTOIRE DE LA BERBÉRIE 3 Tomes

1888

Ernest MERCIER

HISTOIRE

LA JUIVERIE ALGÉRIENNE

1888

Fernand GREGOIRE

ESSAIS

JEAN CASTEYRAS OU TROIS ENFANTS EN ALGÉRIE.

1888

Adolphe BADIN

DIVERS

LES DEUX MISSIONS FLATTERS
1889
Henri BROSSELARD. SAHARA

LE LIVRE D’OR DE L’ALGÉRIE.

1889

Narcisse FAUCON

HISTOIRE

CORRESPONDANCE DES CONSULS D’ALGER.

1890

Henri-Delmas DE GRAMMONT

DOCUMENTS

LA CHASSE A L'HOMME.

1891

Maurice COMTE D’HÉRISSON

ESSAIS

TROIS SAISONS A HAMMAM-MESKOUTINE de 1890 à 1892.

1892

DOCTEUR A. PIOT

ESSAIS

L'ALGERIE LEGENDAIRE.

1892

Colonel TRUMELET

RELIGIONS

LES DEUX SIÈGES DE CONSTANTINE.

1896

Ernest MERCIER

DOCUMENTS

LES CONFRÉRIES MUSULMANES.

1897

Octave DEPONT et Xavier COPPOLANI

RELIGIONS

LES JUIFS ALGÉRIENS, LEURS ORIGINES.

1898

Henri GARROT

ESSAIS

L’ANTISÉMITISME ALGÉRIEN.

1899

Gustave ROUANET

ESSAIS

LES MARABOUTS MAGHRIBINS.

1900

Edmond DOUTTÉ

RELIGIONS

HISTOIRE DES ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS.

1903

Paul MASSON

HISTOIRE

DIX ANS À TRAVERS L’ISLAM.

1904

Léon ROCHES

DOCUMENTS

TRAITÉS FRANCE - AFRIQUE DU NORD.

1906

E. ROUARD DE CARD

HISTOIRE

MAGIE & RELIGION DANS L’AFRIQUE DU NORD.

1909

Edmond DOUTTÉ

RELIGIONS

LA RELIGION DE BERBÈRES.
1910
René BASSET. RELIGIONS
DOMINATION ET COLONISATION.
1910
Jules HARMAND ESSAIS
HISTOIRE ANCIENNE DE L’AFRIQUE DU NORD.
TOME I : COLONISATION PHÉNICIENN
E -
EMPIRE DE CARTHAGE.
TOME II : L’ÉTAT CARTHAGINOIS
TOME III : HISTOIRE MILITAIRE DE CARTHAGE.
TOME IV : LA CIVILISATION CARTHAGINOISE.
TOME V : LES ROYAUMES INDIGÈNES.
TOME VI : LES ROYAUMES INDIGÈNES. (suite)
TOME VII : LA RÉPUBLIQUE ROMAINE ET LES ROIS INDIGÈNES.
TOME VIII : JULES CÉSAR ET L’AFRIQUE. FIN DES ROYAUMES INDIGÈNES.
1918-28
Stéphane GSELL GSELL

L’HÉROÏQUE MISÈRE DE MIGUEL DE CERVANTÈS.

1930

Martial DOUËL.

DIVERS

 

 

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Mercredi 19 décembre 2007

          Non croyant moi-même, ce ne sont pas des raisons spirituelles qui me dictent mon intêrêt pour les convertis kabyles mais l'amour que j'éprouve, sans limites d'espace et de temps, pour ce coin d'Algérie entre mer et montagne où je suis né et l'admiration que je professe pour l'irrédentisme du peuple des hommes libres, descendants de Massinissa et de Saint Augustin.  
 La conversion au christianisme de musulmans d’Afrique du Nord, particulièrement de Kabyles, est un phénomène suffisamment important pour que les médias nationaux y aient consacré plusieurs reportages : ARTE (novembre 2004),  Le Monde (mars 2005), Jeune Afrique (mai 2005), Le Figaro (mai 2006). On peut naturellement s’interroger sur l’importance réelle de ce mouvement mais il est difficile de se prononcer tant les opinions divergent. Certains , y compris parmi les nouveaux convertis, ont en effet tendance à minorer les chiffres par souci d’apaisement. L'Islam, religion d’état dans les pays musulmans, ne punit-il pas de la peine de mort l’apostasie? Deux hadiths (paroles ou faits de la vie de Mahomet rapportés par ses compagnons pour expliciter des points obscurs du Coran et servir de guide aux musulmans) sont considérées par certains théologiens islamiques comme justifiant l'application de la peine de mort en cas d'apostasie :
a) «  Le sang d'un musulman, qui accepte qu'il n'y a d'autre Dieu qu'Allah et que je suis Son prophète, ne peut être versé que dans trois conditions: en cas de meurtre, pour une personne mariée qui s'adonne au sexe de manière illégale, et pour celui qui s'éloigne de l'islam et quitte les musulmans »
b) « Celui qui change de religion, tuez-le ! »
Ces textes ont le mérite d'être clairs. Fort heureusement les pays d’Afrique du Nord ont dépassé le stade où ils pouvaient être interprétés à la lettre mais la crainte d’extrémistes disposés à accomplir la « parole de Dieu » reste vivace dans un pays comme l’Algérie qui a payé et continue de payer un lourd tribut à l'extrémisme religieux.

Toutes réserves faites, on peut estimer le nombre de chrétiens d’origine musulmane à un millier en Tunisie, à 8000 au Maroc où ils bénéficient de la tolérance du Roi et entre 30.000 et 100.000 en Algérie où il a pu être écrit (mais cela paraît très exagéré) qu’à Tizi-Ouzou 30% de la population fréquenterait une église. Je prvilégierais pour ma part l'hypothèse basse. Mais 30.000 convertis ce n'est pas rien tout de même, surtout quand l'on sait que durant tout le temps de la colonisation ce nombre n'a jamais été atteint ce qui, soit dit en passant, explique l'absence de métissage en Algérie que l'on a mise sur le compte du racisme des Pieds-Noirs, alors que la raison essentielle en fut l'interdiction faite aux musulmans d'épouser quelqu'un d'une autre confession que la leur. Le phénomène interpelle donc par son ampleur. Les adversaires des chrétiens l'on stigmatisé en faisant des convertis les successeurs des Harkis, des partisans du Hizb Fança, le soi disant parti de la France qui continuerait de tirer les ficelles en Algérie ou en les saccusant de  vendre leur âme pour le prix d'un visa. Il suffit pourtant de se promener sur le web de la planète berbère pour se rendre compte que le mouvement est une véritable lame de fond qui obéit à des motivations profondes venues de l'histoire et  se conjugue avec la nostalgie d'un âge d’or de l’Afrique du Nord qui a donné plusieurs empereurs à Rome et quatre papes, de nombreux saints et martyres, d’illustres théologiens à l’Eglise.  Cette volonté de retour aux sources explique que de nombreux Kabyles non croyants ou athées  soutiennent le mouvement considérant que l’invasion arabe n’a été qu’une forme de colonialisme qui les a coupés de leurs racines et qui les prive aujourd’hui encore de leur langue et de leur culture. Il faut dire qu’avant de devenir la pointe occidentale avancée du monde arabo-musulman, l’Afrique du Nord était parfaitement intégrée au monde chrétien. On l’ignore trop souvent mais le christianisme nord africain a constitué l’une des communautés les mieux structurées et les plus puissantes du monde chrétien.  Les premières communautés chrétiennes y sont recensées à partir du IIème siècle. C’est à la même période que naît le siège épiscopal d’Alger, soit trois siècles avant la naissance de Mahomet. A la fin du deuxième siècle les Berbères exerçaient une influence considérable sur les affaires du monde, deux d’entre eux, l’empereur Septime Sévère et le pape Victor Ier  régnant alors à Rome. On estime que vers 256 l’Afrique du nord comptait plus d’une centaine d’évêques alors que la Gaulle n’avait que de rares sièges épiscopaux. Près d’un siècle après le premier synode de Carthage qui, en 220,  réunissait 70 évêques, le concile d’Arles,en 314,  ne regroupait que 16 Eglises gauloises. Au IVème siècle, Saint Augustin, né à Thagaste (Souk Arras, dans l’est de l’Algérie) deviendra l’un des Pères de l’Eglise les plus fameux, celui, sans doute, qui, après Paul, fut la personne ayant le plus contribué au développement du christianisme. Il est devenu aujourd’hui l’étendard des convertis Algériens. La conquête de l’Algérie par les Arabes commença en 647 et, malgré la farouche résistance des Berbères sous la conduite du prince chrétien Koceila  et de la Kahéna, elle s'acheva en 702. En 770, la dynastie Idrisside qui contrôlait toute l’Afrique du Nord entreprit la destruction de l’église catholique et  les dernières communautés chrétiennes berbères s’éteignirent à la fin du 11ème siècle. Mais, dans certaines régions berbères, les femmes ont continué tout au long des siècles  à se faire tatouer une croix sur le menton et la représentation d’un poisson, signe distinctif des chrétiens des premiers temps, figure toujours sur le seuil des maisons dans certaines campagnes berbères comme le pays khroumir enTunisie.

L’existence de ces communautés pacifiques et la relative tolérance dont elles font l’objet de la part des autorités sont un signe fort des progrès de la démocratie en Afrique du Nord. Mais les jeux ne sont pas faits pour autant. En Algérie notamment, des lois restrictives seraient en préparation. Les démocrates et les défenseurs des droits de l’homme doivent rester vigilants. En attendant je vous invite à mieux connaître ceux qui se considèrent comme les descendants des victimes de la colonisation arabo-musulmane en allant sur leurs sites :

www.makabylie.info  , www.notredamedekabylie.com ,  www.tamazgha.fr ,

http://evangelique-kabyle.blog.mongenie.com,  www.algerie-dz.com, www.kabyles.net,

Fatwa contre les Kabyles chrétiens

 

Les chrétiens sont désormais désignés comme une « menace à la cohésion spirituelle nationale ». Des imams veulent résister aux « nouveaux croisés »...
« N'ayez pas peur ! » D'une voix nouée par l'inquiétude, Hocine égrène le sermon comme un discours poème d'amour. Depuis quelques mois, cet ingénieur agronome de 34 ans fait fonction de pasteur à l'église des Ouadhias, dans les monts de Kabylie, et dirige la messe tous les vendredis matin, « jour du seigneur commun avec les musulmans ». Son prédécesseur, Kader, un autre enfant du cru, est parti prêcher à Constantine, une ville de l'est algérien réputée pour son conservatisme arabo-islamique.

Dans une ambiance de kermesse, les fidèles, hommes, femme et enfants venus des villages voisins, chantent le Christ en berbère. « Alléluia, Aïsa Ihemel-iyi (Jésus nous aime) ». Au début des années 1980, ces chrétiens fraîchement convertis, étaient à peine une vingtaine. Pour prier, ils se réunissaient discrètement dans un petit local. Puis, en 1984, ils se sont constitués en association, agréée par l'administration. Une ancienne maternité, léguée par les soeurs blanches, devient leur lieu de culte. Aujourd'hui, la communauté, forte de quelques centaines de fidèles, est reconnue par l'Eglise protestante d'Alger. La population, plus sensible à « l'Islam tolérant et tranquille des ancêtres » qu'à l'extrémisme sanguinaire des intégristes, les appelle affectueusement « Arraw n Sidna Aïssa (les enfants de Jésus) ».

Dans un pays otage des traditions, et où l'Islam est officiellement « religion d'Etat », la rencontre avec Jésus relève du miracle. Pour Hocine, converti en 1996, la transition s'est faite en douceur. Car, dans la famille, on redoutait plutôt le fanatisme et les sectes. « J'ai toujours témoigné de ma foi dans l'amour, explique-t-il, car je suis devenu chrétien par conviction et non par rejet de l'Islam. J'ai gardé les mêmes amis, mais j'évite les discussions trop passionnées ».

En régions arabophones sous influence intégriste, cette surprenante coexistence entre la Croix et le Croissant est une hérésie. Durant les années de terreur islamiste, les chrétiens de Kabylie ont continué à témoigner de leur foi avec courage. Sans être inquiétés, ni par les GIA, ni par les autorités. Depuis la restauration de la paix civile, ils sont pointés du doigt comme une « menace spirituelle à la cohésion nationale ». Car, disent les théologiens musulmans, « l'apostasie est un crime passible de la peine de mort ». Pour échapper à cette Fatwa, les chrétiens qui vivent en dehors de cette région singulière et frondeuse sont contraints de raser les murs. Signe de ce climat d'intolérance qui vire à l'inquisition, les islamo-conservateurs ont lancé, l'été dernier, une campagne médiatique contre « l'évangélisation des Kabyles ». Dans les mosquées pourtant réputées « modérées », des imams sonnent le tocsin et appellent la population à « résister à cette nouvelle croisade ».

Prélude aux persécutions ?
Lors d'un colloque à l'université islamique de Constantine, un théologien dénonce le « laxisme des autorités face aux 15 églises, qui ont déjà converti 30,58pc de la population kabyle ! » Des chiffres exagérés pour les besoins de la « cause » ; car la communauté ne dépasse pas le millier de fidèles. Le Haut conseil islamique, gardien de l'orthodoxie officielle, demande au gouvernement « de prendre les mesures qui s'imposent pour mettre fin aux dangers de l'évangélisation, qui agresse l'Islam dans sa propre maison ». A l'Assemblée nationale, cette tempête est relayée par les députés islamistes, qui interpellent le ministre des Affaires religieuses. Ce dernier rappelle « le principe constitutionnel qui garantit la liberté de conscience », mais accuse « les partis laïques de la région d'encourager cette opération ».

Convaincu que « Dieu a choisi cette terre pour le retour de Jésus », Hocine affiche une sérénité de façade ; mais il reste prudent : « pour l'instant, nous avons la liberté de culte, mais cette levée de boucliers risque d'être le prélude à des persécutions ». Dans ce climat d'hystérie, Mgr Teissier, archevêque catholique d'Alger, sort de sa réserve et tente de faire entendre la voix de la raison : « nous ne voulons pas que se développe un christianisme opposé à l'Islam en Algérie. Nous voulons construire la fraternité, mais dans le respect de l'autre. Ceux qui utilisent le discours extrémiste de part et d'autre n'ont pas d'avenir ».

AREZKI AÏT-LARBI, CORRESPONDANT EN ALGÉRIE

Mis en ligne le 06/01/2005

© La Libre Belgique 2005

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Samedi 15 décembre 2007

N'en déplaîse aux Oranais habituellement jaloux de la suprémate algéroise, Alger a été habitée sans discontinuer depuis l'Antiquité, contrairement à Oran, (re)fondée en 908 par des marchands andalous sur un site qui avait certes abrité des comptoirs phéniciens et romains mais qui  connut une longue éclipse économique et historique après les invasions vandale (455) et arabe (645). Cette évocation de la ville d'Alger au 19ème siècle est tirée du roman "Balintawak, le cri de la liberté" à paraître en janvier 2008 aux éditions Pietra Liuzzo (voir liens)

 Selon
un historien latin, un roi libyen du nom d’Hercule passant en cet endroit fut abandonné par vingt hommes de sa suite qui décidèrent d’y édifier une ville. Ils en élevèrent les murailles et, afin que nul d’entre eux ne puisse se glorifier d’avoir imposé son nom à la cité, ils lui donnèrent une désignation qui rappelait le nombre de ses fondateurs Eikosi, vingt. De ce nom, les Romains firent Icosium dont Pline l’Ancien nous dit dans son Histoire naturelle qu’elle reçut de l’Empereur Vespasien le droit latin. A l’époque chrétienne, la ville, signe de grandeur, était le siège d’un évêché, mais elle connut aussi des revers de fortune. Amien Marcellin raconte que le rebelle Firmus sortit du Mont-Ferratus (Djurdjura) à la tête des ancêtres de ceux que l’on appelle aujourd’hui Kabyles et lui imposa de remettre prisonniers, drapeaux et trésors, avant de conclure un traité de paix avec un général romain, frère de l’Empereur Théodose. Détruite par les Vandales, ses habitants la rétablirent. Au dixième siècle, les Arabes occupant l’Afrique du Nord depuis trois cents ans lui donnèrent son nom d’El Djezaïr (l’île) à cause des îlots, aujourd’hui disparus sous les travaux du quartier de la Marine, qui lui faisaient face.

Trois siècles plus tard un savant géographe, Abou Mohamed dit le Maure de Valence, évoque une ville qu’on ne peut se lasser d’admirer et dont l’aspect enchante l’imagination. Assise au bord de la mer, sur le penchant d’une montagne, elle jouit de tous les avantages qui résultent de cette position exceptionnelle. Elle a pour elle les ressources du golfe et de la plaine. Rien n’approche de l’agrément de sa perspective.

Les Espagnols qui avaient achevé la reconquête de la Péninsule occupèrent en 1510 un des îlots. Appelés pour les en déloger, les frères Barberousse, d’origine sicilienne, y installèrent la domination turque et en firent la capitale des corsaires barbaresques dont beaucoup étaient des chrétiens renégats.

Quand, en 1830, elle fut délivrée des sultans de Constantinople par les troupes françaises, un voyageur s’exclama en la découvrant :

 On peut voir en Orient beaucoup de villes construites dans le genre d’Alger maisons carrées comme des dés, façades blanchies à la chaux, galeries à terrasse. Mais je n’en connais pas une qui présente, comme celle-ci, une masse si imposante de constructions, si serrée et si compacte, qu’on la dirait taillée d’un seul bloc dans une carrière de marbre.

Avec ses restaurants et ses cafés, ses marchandes de mode, ses omnibus et son chemin de fer, Alger est aujourd’hui une cité moderne qui n’a rien à envier à des villes européennes d’importance comparable. L’histoire y est présente à chaque coin de rue. Je me souviens par exemple d’avoir vu, sur un pilier d’angle au coin des rues Bab-Azzoun et du Kaftan, la pierre portant l’inscription votive en latin qui permit de déterminer avec certitude la position d’Icosium.

Au cours des siècles, cette ville a vu périr des empires invaincus qui semblaient immortels, jeter bas des divinités, disparaître des civilisations dont on pouvait croire qu’elles avaient atteint les limites de la connaissance humaine. Mais, chaque fois, des hommes venus des quatre coins de la Méditerranée se sont fondu dans son creuset et ont relevé de leurs mains savantes ses édifices. Un homme nouveau y grandit aujourd’hui qui porte en lui, comme des alluvions successives, les traits de ceux qui l’ont précédé sur ces rivages.

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Mardi 11 décembre 2007

 J’ai vécu en Haïti de 1972 à 1975. Jean-Claude Duvalier  venait alors de succéder à son père et semblait donner les signes d’une volonté de libéralisation du régime que  le monde attendait. En France, le président Pompidou, sensible au fait que la voix d’Haïti avait été déterminante dans la décision de faire du français l’une des langues de travail de l’ONU (1946), avait décidé de faire un effort important pour maintenir ce petit pays dans le giron de la francophonie. C’est dans ce contexte que je fus nommé à la tête d’une mission comprenant une trentaine d’assistants et de  conseillers (elle s’étoffa les années suivantes.) qui débarqua dans le pays le 15 septembre 1972. Notre travail consistait à repenser complètement le système éducatif, à mettre au point des méthodes d’enseignement, à concevoir des manuels scolaires, à former  des enseignants, des inspecteurs et des cadres, à construire des écoles de brousse,  sortes de centres communautaires, à ouvrir la voie à l’enseignement du créole seule langue comprise par la majorité de la population, à  imaginer les missions et les contenus de l’I.P.N. (Institut Pédagogique National) dont je fus le directeur jusqu’à sa remise aux autorités locales. 

        J’ ai découvert, au cours de ces années, un peuple attachant, créatif sur le plan des arts, digne face à l’adversité, courageux dans ses luttes. J’y ai fréquenté des personnes de grande valeur dont la culture et la maîtrise de la langue française auraient pu faire rougir plus d’un de nos intellectuels. Aujourd’hui encore, je pense avec émotion au linguiste Pradel Pompilus, si savant et si modeste à la fois,  à l’indomptable journaliste Jean Dominique assassiné devant sa station de radio Haïti Inter, à sa courageuse compagne, Michèle Montas, au professeur Jean Claude, de Jacmel, capable de soutenir une conversation en latin, au peintre Tiga, fondateur du mouvement « Saint-Soleil » remarqué par André Malraux, à Fritz Dorsainville l’intransigeant et vertueux directeur de l’enseignement et à beaucoup d’autres encore. thinking.jpg

Malheureusement, Haïti qui a encore régressé depuis cette époque, fait partie  des sept pays les plus pauvres du monde et son peuple continue de vivre une effroyable tragédie le condamnant à la misère ou à l’exil. 

          On sait la part que la France a prise dans la genèse de cette triste  situation mais  on connaît moins bien celle qui incombe aux orientations que les premiers dirigeants haïtiens donnèrent à leur politique. Rappelons brièvement les faits. Après l'abolition de l’esclavage par la Convention (1793), Toussaint Louverture avait rétabli la paix et chassé les Espagnols et les Anglais qui menaçaient la colonie. Nommé gouverneur, il promulgua une constitution autonomiste mal acceptée par Napoléon Bonaparte qui, sous l'influence des commerçants et des créoles dont Joséphine de Beauharnais, envoya en 1802 une armée commandée par son beau-frère, le général Leclerc, pour rétablir l’esclavage et démettre  le chef noir. Ce dernier fut arrêté et emprisonné au fort de Doux, dans le Jura, où il mourut des rigueurs du climat, le 22 octobre 1803. Après quelques victoires sans lendemain, l’armée de Leclerc, décimée par les maladies et combattue par  un peuple défendant farouchement sa liberté, est vaincue (automne 1803) par le successeur de Toussaint Louverture, le général Dessalines, qui  proclame le 1er janvier 1804 l'indépendance d'Haïti, se fait désigner  gouverneur général à vie, puis empereur, sous le nom de Jacques 1er. Il confisque alors les propriétés des Blancs (rappelons que les noirs libres ou affranchis et les sang-mêlés possédaient 30% des terres et 25% des esclaves)  auxquels il interdit  la propriété de terres en Haïti et ordonne   leur mise à mort qui sera systématiquement mise en œuvre malgré l’opposition d’une partie des officiers. L’historien Peter J. Frisch, dans un article intitulé « L’état civil de Port au Prince, témoin du massacre général des Blancs »  paru en 1994 dans le No. 58 de la revue « Histoire et généalogie de la Caraïbe » cite deux documents bouleversants sur ce sujet. Le premier est un texte de Thomas Madiou, le premier historien haïtien :

    

"A  dix heures du soir du 16 mars,  l'égorgement  commença sur plusieurs points de la ville à la fois.  Des  pelotons de  soldats  guidés  par des hommes  armés  de  poignards, appartenant à la marine,  au commerce, à l'administration, pénétrèrent dans les maisons des Blancs et les égorgèrent.
Des hurlements affreux remplirent la ville : un vieillard nommé  NONE,  habitant  de la rue  des  Fronts Forts,  fut immolé  un des premiers.  Le massacre continua jusqu'à  la pointe  du  jour.  Alors les tueurs se reposèrent un  peu.
Vers les huit heures,  ils recommencèrent le carnage. Les Blancs  qui  n'avaient pas succombé dans  la  nuit  furent arrêtés, conduits hors de la ville et sacrifiés à la Croix des Martyrs ...  Des enfants armés de sabres assassinaient ceux  des Blancs qu'ils rencontraient dans les  rues.  Ces malheureux,  déjà  terrifiés,  se  laissaient  tuer  sans opposer  aucune résistance (...) Le lendemain,  le gouverneur DESSALINES parcourut la ville dont les  galeries  et les  places  étaient  teintes de  sang  ...  Cependant le gouverneur  général  accorda  la vie à  plusieurs  Blancs, médecins,  chirurgiens,  pharmaciens et chapeliers dont on pouvait avoir besoin
Thomas MADIOU, Histoire d’Haïti publiée à  Port au Prince en 1847, rééditée aux éd. Henri Deschamps, Port au Prince 1989)

  Le deuxième document est un extrait du rapport que fit Samuel NEWS,  capitaine en second de la goélette américaine « John Vining » à l'agence consulaire de France à Santiago de Cuba :

"Se trouvant au Port-au-Prince à la fin de mars ... il (déclare) y a(voir) été  témoin  du massacre général des  Blancs  restés  dans ladite ville, par les Noirs, lequel massacre a commencé le vingt  mars  et a continué jusqu'au vingt-trois  dudit mois et s'est commis avec des circonstances  atroces,  que les  Noirs  se  sont portés dans les  différentes  maisons habitées par des Blancs,  ont enfoncé les portes, entraîné dehors  les malheureuses victimes qui s'y  trouvaient  et, après les avoir entièrement dépouillées et mises nues, les ont  inhumainement  massacrées  dans les rues  à  coup  de sabre,  qu'après  le massacre on a assuré à lui  comparant que  le nombre des victimes s'élevait à plus de cinq cents parmi  lesquels  se  trouvaient une femme  et  ses  quatre enfants,  qu'il  sait avec certitude qu'à l'exception  des femmes  blanches (1) il n'a été épargné que quatre  hommes blancs dont il ignore les noms, savoir deux négociants, un médecin,  un chirurgien et un forgeron ...  que parmi  les gens  qui  massacraient,  il  y avait un grand  nombre  de mulâtres généralement officiers".
1) Les  femmes  blanches et leurs enfants seront  également massacrés par la suite.

     Ces évènements rendront difficiles les négociations ultérieures avec la France et auront des conséquences gravissimes pour Haïti. La France refusera de reconnaître l’indépendance du pays et, le 11 juillet 1825, le roi Charles X lui imposera, sous la menace  d’une escadre de 14 vaisseaux et de 500 canons, le paiement d’une indemnité de 150 millions de francs or ramenés ultérieurement à 90 millions, que les Haïtiens paieront jusqu’en 1888. Les impôts créés pour faire face au paiement de la dette entraîneront des révoltes paysannes et créeront, à partir de 1826, un climat de violence  et une instabilité dont le pays n’est jamais totalement sorti.  Enfin, selon l’historien dominicain Frank Moya Pons, la dette à l’égard de la France constituera l’un des motifs principaux de la volonté d’occupation de la partie hispanophone  de l’île, qui provoqua, jusqu'en 1859, de  sanglants conflits entre Haïti et la République dominicaine : 
« Moreover, the Haïtian objected that if France recognized Dominican independence, they would have no more chance to reoccupy the eastern two-thirds of the island and could not collect from Dominicans the money and ressources needed to pay the debt that they had contracted with France in 1825 » in The dominican Republic, a national history. Markus Wiener Publisher. Princeton 1998 p. 171.

donkeys.jpg Le calvaire des Noirs réduits en esclavage, arrachés à la terre de leurs ancêtres,  exploités sans pitié dans les plantations, la cruauté de certains maîtres  qui traitaient des êtres humains comme des animaux, l’indifférence des autres qui, à de rares exceptions près, acceptaient un système dont ils tiraient profit, constituent une tache sur la mémoire de la France qui ne peut provoquer  aujourd’hui qu’un sentiment de rejet et de  honte. La colonisation de Saint-Domingue fut un énorme gâchis parce qu’elle reposait sur un système injuste et condamnable et parce qu’en refusant l’évolution pacifique qu’aurait permis un accord avec Toussaint Louverture encore attaché à la France, Napoléon porte la lourde responsabilité de l’histoire tragique qui  suivit. Mais, dans ce régime inique, tous les Blancs n’étaient pas dépourvus d’humanité comme le montre l’exemple de Toussaint Louverture lui-même qui reçut une instruction et fut affranchi à l’âge de quinze ans. En les massacrant sans pitié, Dessalines qui recréa avec le travail forcé sur les plantations une certaine forme d’exploitation des Noirs et persécuta les mulâtres,  a fragilisé la nation naissante d’Haïti et transformé l’épopée de la liberté entreprise par Toussaint Louverture en une sanglante mascarade. Quant aux Blancs de Saint- Domingue, ces Pieds-noirs du nouveau monde, leur mémoire méritait bien ce rappel de l’histoire.

 


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Lundi 10 décembre 2007

Né  en 1926 à AÏn el Hammam (ex Michelet), Hocine Ait Ahmed reste à 81 ans un inlassable combattant.  Il fut l'un des principaux chefs du F.L.N. et se trouvait avec Ben-Bella et cinq autres dirigeants du mouvement dans l'avion de la compagnie Air Atlas que Robert Lacoste  fit intercepter au large des côtes algériennes,  avec l'accord de Guy Mollet , le 22 octobre1956. Ils resteront emprisonnés jusqu'en mars 1962.  Lors de la crise de l'été 1962 qui voit Ferhat Abbas démissionner de la présidence du GPRA, il quitte à son tour  tous les organes dirigeants auxquels il appartenait  s'opposant à  l'instauration du parti unique qui annonce la mort de la démocratie. L'année suivante il crée le Front des forces socialistes (F.F.S) et ouvre des maquis en Kabylie. Arrêté et condamné à mort en 1964, il s'évade de la prison de Maison-Carrée en1966, se réfugie en Suisse, passe un doctorat de droit et milite inlassablement pour la défense des droits de l'homme, l'unité du Maghreb et  l'avènement d'une 2ème république en Algérie. La page reproduite ci dessous a été publiée le 25 juillet 2005 sur le site de la diaspora kabyle (voir le lien)

Aït Ahmed et le « génocide » des Pieds-Noirs

 

Intervenant dans le numéro de juin 2005 de la revue Ensemble éditée par l’Association Culturelle d’Education Populaire, Hocine Aït Ahmed, leader du Front des Forces Socialistes et dirigeant historique de l’insurrection du FLN en 1954, y tient des propos assez surprenants sur les Pieds-Noirs et leur expulsion d’Algérie en 1962.
Rappelons que l’Association Culturelle d’Education Populaire est une association fondée en 1948 à Constantine par l’abbé catholique Emmanuel Grima. Aujourd’hui sise à Montpellier, dans le sud-est de la France, elle rassemble des Pieds-Noirs originaires de l’Est algérien et publie, cinq fois par an, la revue Ensemble. C’est dans le dernier numéro de cette revue (n° 248) qu’Hocine Aït Ahmed fait part de ses observations et réflexions concernant le sort fait aux « Européens » par le FLN pendant la Guerre d’Algérie.

Sur un ton passionné, il dénonce la véritable « tragédie humaine » qu’a constitué le départ forcé des populations françaises d’Algérie en 1962. Il estime que c’est « plus qu’un crime, une faute » commise par le Front de Libération Nationale, dont il est un des chefs fondateurs et dont il était encore membre à l’époque. Il ajoute que cette faute a pris un triple aspect « politique, économique et même culturel ». En effet, d’après lui les citoyens non-musulmans auraient dû garder toute leur place dans l’Algérie indépendante car « les cultures juive et chrétienne se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémonistes. »

Sur un plan plus économique, Aït Ahmed regrette qu’en forçant les Européens au départ, l’Algérie nouvellement indépendante se soit privée d’un formidable réservoir de main d’œuvre formée, productive et compétente : « Avec les Pieds-Noirs et leur dynamisme - je dis bien les Pieds-Noirs et non les Français - l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine, méditerranéenne. » Il sous-entend donc que le choix de tourner radicalement le dos à l’Europe occidentale et d’ouvrir l’Algérie aux professeurs arabes, Egyptiens, Syriens et autres Palestiniens ainsi qu’aux ingénieurs soviétiques fut une erreur coûteuse qui a conduit l’Algérie sur la voie du sous-développement. Il oppose à cette stratégie arabiste et tiers-mondiste, décidée à l’époque par le FLN, une sorte de « troisième voie » qui aurait vu l’Algérie s’appuyer sur ses compétences internes, alors essentiellement détenues par les « Européens », pour créer les conditions d’une croissance économique saine.

Allant encore plus loin dans la repentance, Hocine Aït Ahmed déclare qu’ il y a eu envers les Pieds-Noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. » Ce faisant, il évoque la longue liste de massacres commis contre les civils Pieds-Noirs pendant la guerre d’Algérie, depuis ceux de Philippeville (Skikda) en 1955 à ceux d’Oran en 1962. Ces tueries, provoquées par le FLN, ont eu pour effet d’instaurer une coupure radicale entre ceux que l’on appelait alors les « Européens » et les « Musulmans », provoquant finalement l’exode des Pieds-Noirs vers la France dès la proclamation de l’indépendance de l’Algérie. Ce qui est particulièrement étonnant et qu’on avait sans doute jamais entendu dans la bouche d’un homme politique algérien, c’est la comparaison entre le sort fait aux Pieds-Noirs en 1962 et celui fait par les Turcs aux Arméniens en 1915.

L’écrasante majorité des historiens et des opinions publiques, à l’exception des Turcs, s’accordent à dire que les massacres et déportations d’Arméniens par les Turcs constituent le premier cas de génocide moderne. En comparant le destin des Pieds-Noirs et celui des Arméniens, Hocine Aït Ahmed accuse donc implicitement le FLN d’avoir commis un génocide à l’encontre de la population européenne d’Algérie !. Ces déclarations émanant d’un des derniers chefs historiques du FLN sont proprement stupéfiantes à l’heure où Abdelaziz Bouteflika dénonce encore avec virulence le « caractère génocidaire » de la colonisation et où la presse algérienne arabophone se lance dans des attaques sans fondements contre les juifs de Tlemcen partis en 1962.

On peut cependant se demander pourquoi il aura fallu si longtemps pour que Hocine Aït Ahmed rende publiques de telles réflexions. Si génocide il y a réellement eu, pourquoi n’ en a-t-il alors rien dit à l’époque, alors que sa voix comptait parmi les plus influentes du FLN et aurait peut-être pu empêcher cette « faute terrible » ? Pourquoi, par la suite, s’est-il allié à Ahmed Ben Bella, lors des accords de Londres signés en 1985 ? Chacun sait que Ben Bella présida à l’expulsion des Pieds-Noirs et à l’arabisation systématique de l’Algérie. Si cela constituait un génocide, pourquoi alors Aït Ahmed s’est-il allié à un génocidaire ? Enfin, en 1995, lors des accords de Rome et du fameux épisode de la chéchia de Djaballah, Hocine Aït Ahmed ne semblait pas très mal à l’aise au milieu de ceux qu’il qualifie aujourd’hui d’« arabo-musulmans », « colonisateurs » et « hégémonistes ». Bref, cette nouvelle sortie de Dda l’Hocine, pour courageuse et intéressante qu’elle soit, semble soulever plus de questions qu’elle n’en résout.

Pour KabyleS.com - Rédaction Paris

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Samedi 8 décembre 2007

      ...entre Algériens et Français, car il me semble que les deux Etats auraient pu parvenir à la signature d’un traité d’amitié tel que le souhaitait Jacques Chirac sans pour autant changer les relations entre les peuples tant l’Histoire et  la mémoire qu’en ont les hommes peuvent être éloignées l’une de l’autre. Faudra-t-il donc attendre la disparition des acteurs et des témoins de la tragédie qui, des deux côtés de la Méditerranée, pèsent lourdement sur le débat, pour parvenir à ces relations sereines que la raison appelle entre deux nations si proches l’une de l’autre ? Je ne le crois pas pas.

       La  connaissance historique est indispensable à la réconciliation des peuples comme cela a été montré avec l’Allemagne mais elle ne saurait suffire à extirper  de leur mémoire collective des sentiments qu’une histoire douloureuse y a inscrits. Il suffit, pour s’en convaincre, de connaître le rapport qu’établissent aujourd’hui certains historiens entre les croisades et la vision que se font certains musulmans de l’Europe ou de se demander ce que ressentent les Européens lorsqu’ils apprennent, qu’au nom de l’Islam et de l’Histoire, des fanatiques musulmans  se donnent pour objectif de reconquérir l’Andalousie. 

       S’ajoute à ces considérations le fait que l’Histoire, dans sa froide reconstitution des évènements, ne tranche pas, ne dit ni le bien ni le mal, ni le juste ni l’injuste. Pour elle, occupations et conquêtes, mort et naissance de civilisations, d’empires, d’états, de peuples ou de nations, ne sont après tout que ce que la marée est à l’océan, une forme de respiration profonde du monde. Et, en effet, qu’est-ce  que la France sinon le résultat de mutations successives provoquées par les guerres, les conquêtes, les grandes migrations ? Que seraient  devenues les Amériques si elles n’avaient pas été conquises par les Européens et, l’Afrique du Nord, si elle ne l’avait pas été par les Arabes. Que serait devenue l’Espagne si ces derniers y avaient consolidé leurs conquêtes ? L’Histoire qui rend compte des faits ne peut répondre à ces questions. Les historiens peuvent seulement constater que le monde dans lequel nous vivons est le résultat d’une évolution  rarement pacifique et indolore, mettre leur science au service de la vérité des faits qu’ils relatent et, comme ils l’ont fait, refuser d’entériner la tentation du pouvoir politique d’instituer  une histoire officielle, qu’il s’agisse de celle de l’esclavage ou de la colonisation.
 

       C’est pourquoi, dans l’entreprise visant à la réconciliation de nos deux peuples, la démarche de l’écrivain qui construit des personnages et des parcours singuliers auxquels chacun peut s’identifier, explore des sentiments et donne de la chair à l’histoire, me paraît complémentaire de celle de l’historien qui reconstitue une fresque collective. On ne peut que souhaiter voir de nombreux talents sur les deux rives de la Méditerranée faire de notre histoire commune un sujet de romans surtout quand l’on connaît la richesse de son hagiographie.

Publié dans : reconciliation France Algérie - Communauté : Pieds-noirs du monde entier - Par Emile Martinez
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Vendredi 7 décembre 2007

CouvBalintawakRecto.jpg Balintawak, le cri de la liberté

 

Né en 1870 en Espagne, Jean Baptiste Perez a grandi en Algérie où ses parents trouvèrent refuge après le coup d’Etat de 1874 contre l’éphémère première République espagnole. Volontaire du corps expéditionnaire envoyé aux Philippines en 1896 pour combattre l’insurrection tagale, il y rencontre Ana et vit un grand amour contrarié par les événements que traverse le pays. Placé à des postes d’observation privilégiés (attaché au service de presse de l’état major, officier dans une unité combattante, responsable du Service d’Insertion des Repentis), il suit de près l’évolution d’un conflit qui aboutit à l’intervention américaine et à la défaite espagnole. L’échec de la colonisation qu’il découvre alors préfigure l’avenir de l’Algérie et l’aide à se forger une solide conviction sur la façon dont devrait se construire ce pays pour éviter une tragédie semblable à celle que connaissent les Philippines. C’est le cœur plein d’espoir que Jean Baptiste Perez, confiant en la capacité des Algériens à vivre ensemble, rentre avec Ana, le 15 août 1899, dans le pays où il a choisi de vivre:

« Il me fallut beaucoup de patience et de temps pour réapprivoiser sur ses lèvres les rires et les mots tant le malheur avait marqué son âme mais, aujourd’hui, dans ses yeux émerveillés qui regardent venir vers nous la terre d’Afrique, je lis une promesse de bonheur éternel. Notre vie, celle de nos enfants et des enfants de nos enfants, celle de la lignée que nous allons fonder commence demain en Algérie. »

En juin 1962, José Linares tombe par le plus grand des hasards sur le journal où Jean Baptiste Perez avait consigné ces évènements et le lit d’une traite entre Alger et Marseille, achevant le voyage initiatique qui soixante trois ans plus tôt avait jeté son grand père dans la tragique confrontation ou devaient périr les derniers vestiges de l’Empire espagnol. Sur le bateau, pour un voyage sans retour, des réfugiés semblables à ceux qui abandonnaient les Philippines en 1899:

" - D’après vous M’sieur, quand est-ce qu’on pourra rentrer chez nous?"

Que lui répondre? José Linares pensa à Jean Baptiste Perez qui avait prévenu Ana: « vous êtes condamnée à vivre dans un exil intérieur bien plus douloureux que l’exil réel. » Mais il l’invitait à partager une autre perspective: «  Moi je construis un pays dont l’avenir est entre nos mains ». Ce rêve était définitivement mort. Qui leur dirait qu’on les avait trompés en les disant Français alors qu’ils n’étaient que des Algériens comme les autres qui devaient simplement apprendre à tisser l’avenir avec leurs frères de naissance et de ciel? Ils avaient réussi à former un peuple où les Juifs, après bien des souffrances, avaient trouvé leur place mais ils avaient laissé les Arabes sur le bord du chemin. Maintenant ils devaient payer collectivement leur erreur du prix de l’exil. Il préféra esquiver la question:

- Merci pour la bière! On se reverra sans doute à Marseille.»

C’est cette histoire que raconte  Balintawak. Traversé par les thèmes de l’identité, de l’exil, de l’amitié, de l’amour et de la mort, ce roman qui se déroule dans le cadre historique de la guerre d’indépendance des Philippines avec un constant renvoi à l’Algérie de l’époque raconte en creux l’histoire manquée de ce que ce pays aurait pu devenir.




 

Publié dans : Balintawak - Par Emile Martinez
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