Jeudi 12 juin 2008

L'ancienne île d ' Hispaniola se divise en deux pays, Haiti ( 27.500km carrée) et la République de Saint-Domingue ( 48.500 km carrés). La population haitienne a toujours exercé une formidable pression démographique sur Saint-Domingue qui se traduisit au cours des siècles par des invasions et des guerres répétées. Lorsque, à partir de 1.844, les conflits armés cessèrent, cette pression démographique se transforma en  en une infiltration lente et massive d'immigrés clandestins
Sous le rège de  Leonidas Trujillo (1930-1961), des intellectuels conservateurs avec pour chef de file le président de la chambre des députés, Manuel Arturo Peña Battle, commencèrent à dénoncer cette immigration comme une atteinte à l'identité nationale. La République dominicaine, par instinct de conservation face à la menace haïtienne était restée, selon eux, le pays le plus espagnol d'Amérique latine :  sans la langue, la force des coutumes et la tradition hispanique, le pays se serait désagrégé depuis longtemps face à  " la sauvage domination franco-éthiopienne".  Abandonnée de l' Espagne, coupée par Haïti, pendant 22 ans d'occupation militaire,  de la civilisation européenne, livrée pendant près d'un siècle à l'anarchie, Saint Domingue avait survécu comme nation espagnole. Et, ce miracle,  elle le devait à la force de l' esprit. Or l 'esprit, pour se perpétuer,  demandait un renouveau de la culture espagnole.
Le dictateur Trujillo s'empara de ce thème. Selon lui, trois provinces entières, Azua, Monte-Cristi et Barahona, "livrées à des myriades d'immigrants haïtiens", se trouvaient sérieusement menacées d'une perte d'identité par le fait, notamment, de mariages mixtes. Peña Battle parlait de " l' africanisation" d'importants territoires  où la langue créole se développait et où la pratique du vaudou menaçait le christianislme originel. La forte natalité haïtienne et la misère dans laquelle vivait ce pays ne pouvaient, déclatait-il, qu'amplifier le phénomène.  Il convenait d'arréter de toute urgence ce processus.  Le dictateur reprenant cette idéologie à son compte, se donnait deux moyens pour y parvenir: l'arrêt de l'immigration haïtienne, au besoin par l'assassinat, et  l'appel à une immigration venue d'Europe  censée contrebalancer l'influence haïtienne en injectant du sang nouveau. En une prase, il fallait "blanchir" le pays. La manière forte donna lieu à l'extermination par l'armée de milliers de Haïtiens vivant dans la zone fontalière. Pour se faire pardonner ce crime par la communauté internationale, Trujillo accepta de recevoir quelques centaines de Juifs rescapés des camps de la mort auxquels on doit le développement de la ville de Sosua sur la côte nord du pays.Mais ces derniers finirent par immigrer dans leur quasi totalité aux U.S.A. Les Hongrois incités par le pouvoir à s'installer dans le pays après l'intervention soviétique à Budapest, suivirent le même chemin. Seuls se fixèrent avec succès quelques dizaines de colons japonais mais leur nombre était insuffisant. Restait le recours à "la mère patrie",  l'Espagne.
Se rendant auVatican au printemps 1954 pour y signer un concordat entre le Saint-siège et la République dominicaine, Leonidas Trujillo fit escale en Espagne et négocia avec  Franco un accord pour la venue dans son pays de centaines de colons espagnols. ( à suivre)

Publié dans : mémoires plurielles - Communauté : Pieds-noirs du monde entier - Par Balintawak
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