Jeudi 12 juin 2008

L'ancienne île d ' Hispaniola se divise en deux pays, Haiti ( 27.500km carrée) et la République de Saint-Domingue ( 48.500 km carrés). La population haitienne a toujours exercé une formidable pression démographique sur Saint-Domingue qui se traduisit au cours des siècles par des invasions et des guerres répétées. Lorsque, à partir de 1.844, les conflits armés cessèrent, cette pression démographique se transforma en  en une infiltration lente et massive d'immigrés clandestins
Sous le rège de  Leonidas Trujillo (1930-1961), des intellectuels conservateurs avec pour chef de file le président de la chambre des députés, Manuel Arturo Peña Battle, commencèrent à dénoncer cette immigration comme une atteinte à l'identité nationale. La République dominicaine, par instinct de conservation face à la menace haïtienne était restée, selon eux, le pays le plus espagnol d'Amérique latine :  sans la langue, la force des coutumes et la tradition hispanique, le pays se serait désagrégé depuis longtemps face à  " la sauvage domination franco-éthiopienne".  Abandonnée de l' Espagne, coupée par Haïti, pendant 22 ans d'occupation militaire,  de la civilisation européenne, livrée pendant près d'un siècle à l'anarchie, Saint Domingue avait survécu comme nation espagnole. Et, ce miracle,  elle le devait à la force de l' esprit. Or l 'esprit, pour se perpétuer,  demandait un renouveau de la culture espagnole.
Le dictateur Trujillo s'empara de ce thème. Selon lui, trois provinces entières, Azua, Monte-Cristi et Barahona, "livrées à des myriades d'immigrants haïtiens", se trouvaient sérieusement menacées d'une perte d'identité par le fait, notamment, de mariages mixtes. Peña Battle parlait de " l' africanisation" d'importants territoires  où la langue créole se développait et où la pratique du vaudou menaçait le christianislme originel. La forte natalité haïtienne et la misère dans laquelle vivait ce pays ne pouvaient, déclatait-il, qu'amplifier le phénomène.  Il convenait d'arréter de toute urgence ce processus.  Le dictateur reprenant cette idéologie à son compte, se donnait deux moyens pour y parvenir: l'arrêt de l'immigration haïtienne, au besoin par l'assassinat, et  l'appel à une immigration venue d'Europe  censée contrebalancer l'influence haïtienne en injectant du sang nouveau. En une prase, il fallait "blanchir" le pays. La manière forte donna lieu à l'extermination par l'armée de milliers de Haïtiens vivant dans la zone fontalière. Pour se faire pardonner ce crime par la communauté internationale, Trujillo accepta de recevoir quelques centaines de Juifs rescapés des camps de la mort auxquels on doit le développement de la ville de Sosua sur la côte nord du pays.Mais ces derniers finirent par immigrer dans leur quasi totalité aux U.S.A. Les Hongrois incités par le pouvoir à s'installer dans le pays après l'intervention soviétique à Budapest, suivirent le même chemin. Seuls se fixèrent avec succès quelques dizaines de colons japonais mais leur nombre était insuffisant. Restait le recours à "la mère patrie",  l'Espagne.
Se rendant auVatican au printemps 1954 pour y signer un concordat entre le Saint-siège et la République dominicaine, Leonidas Trujillo fit escale en Espagne et négocia avec  Franco un accord pour la venue dans son pays de centaines de colons espagnols. ( à suivre)

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Mercredi 19 décembre 2007

          Non croyant moi-même, ce ne sont pas des raisons spirituelles qui me dictent mon intêrêt pour les convertis kabyles mais l'amour que j'éprouve, sans limites d'espace et de temps, pour ce coin d'Algérie entre mer et montagne où je suis né et l'admiration que je professe pour l'irrédentisme du peuple des hommes libres, descendants de Massinissa et de Saint Augustin.  
 La conversion au christianisme de musulmans d’Afrique du Nord, particulièrement de Kabyles, est un phénomène suffisamment important pour que les médias nationaux y aient consacré plusieurs reportages : ARTE (novembre 2004),  Le Monde (mars 2005), Jeune Afrique (mai 2005), Le Figaro (mai 2006). On peut naturellement s’interroger sur l’importance réelle de ce mouvement mais il est difficile de se prononcer tant les opinions divergent. Certains , y compris parmi les nouveaux convertis, ont en effet tendance à minorer les chiffres par souci d’apaisement. L'Islam, religion d’état dans les pays musulmans, ne punit-il pas de la peine de mort l’apostasie? Deux hadiths (paroles ou faits de la vie de Mahomet rapportés par ses compagnons pour expliciter des points obscurs du Coran et servir de guide aux musulmans) sont considérées par certains théologiens islamiques comme justifiant l'application de la peine de mort en cas d'apostasie :
a) «  Le sang d'un musulman, qui accepte qu'il n'y a d'autre Dieu qu'Allah et que je suis Son prophète, ne peut être versé que dans trois conditions: en cas de meurtre, pour une personne mariée qui s'adonne au sexe de manière illégale, et pour celui qui s'éloigne de l'islam et quitte les musulmans »
b) « Celui qui change de religion, tuez-le ! »
Ces textes ont le mérite d'être clairs. Fort heureusement les pays d’Afrique du Nord ont dépassé le stade où ils pouvaient être interprétés à la lettre mais la crainte d’extrémistes disposés à accomplir la « parole de Dieu » reste vivace dans un pays comme l’Algérie qui a payé et continue de payer un lourd tribut à l'extrémisme religieux.

Toutes réserves faites, on peut estimer le nombre de chrétiens d’origine musulmane à un millier en Tunisie, à 8000 au Maroc où ils bénéficient de la tolérance du Roi et entre 30.000 et 100.000 en Algérie où il a pu être écrit (mais cela paraît très exagéré) qu’à Tizi-Ouzou 30% de la population fréquenterait une église. Je prvilégierais pour ma part l'hypothèse basse. Mais 30.000 convertis ce n'est pas rien tout de même, surtout quand l'on sait que durant tout le temps de la colonisation ce nombre n'a jamais été atteint ce qui, soit dit en passant, explique l'absence de métissage en Algérie que l'on a mise sur le compte du racisme des Pieds-Noirs, alors que la raison essentielle en fut l'interdiction faite aux musulmans d'épouser quelqu'un d'une autre confession que la leur. Le phénomène interpelle donc par son ampleur. Les adversaires des chrétiens l'on stigmatisé en faisant des convertis les successeurs des Harkis, des partisans du Hizb Fança, le soi disant parti de la France qui continuerait de tirer les ficelles en Algérie ou en les saccusant de  vendre leur âme pour le prix d'un visa. Il suffit pourtant de se promener sur le web de la planète berbère pour se rendre compte que le mouvement est une véritable lame de fond qui obéit à des motivations profondes venues de l'histoire et  se conjugue avec la nostalgie d'un âge d’or de l’Afrique du Nord qui a donné plusieurs empereurs à Rome et quatre papes, de nombreux saints et martyres, d’illustres théologiens à l’Eglise.  Cette volonté de retour aux sources explique que de nombreux Kabyles non croyants ou athées  soutiennent le mouvement considérant que l’invasion arabe n’a été qu’une forme de colonialisme qui les a coupés de leurs racines et qui les prive aujourd’hui encore de leur langue et de leur culture. Il faut dire qu’avant de devenir la pointe occidentale avancée du monde arabo-musulman, l’Afrique du Nord était parfaitement intégrée au monde chrétien. On l’ignore trop souvent mais le christianisme nord africain a constitué l’une des communautés les mieux structurées et les plus puissantes du monde chrétien.  Les premières communautés chrétiennes y sont recensées à partir du IIème siècle. C’est à la même période que naît le siège épiscopal d’Alger, soit trois siècles avant la naissance de Mahomet. A la fin du deuxième siècle les Berbères exerçaient une influence considérable sur les affaires du monde, deux d’entre eux, l’empereur Septime Sévère et le pape Victor Ier  régnant alors à Rome. On estime que vers 256 l’Afrique du nord comptait plus d’une centaine d’évêques alors que la Gaulle n’avait que de rares sièges épiscopaux. Près d’un siècle après le premier synode de Carthage qui, en 220,  réunissait 70 évêques, le concile d’Arles,en 314,  ne regroupait que 16 Eglises gauloises. Au IVème siècle, Saint Augustin, né à Thagaste (Souk Arras, dans l’est de l’Algérie) deviendra l’un des Pères de l’Eglise les plus fameux, celui, sans doute, qui, après Paul, fut la personne ayant le plus contribué au développement du christianisme. Il est devenu aujourd’hui l’étendard des convertis Algériens. La conquête de l’Algérie par les Arabes commença en 647 et, malgré la farouche résistance des Berbères sous la conduite du prince chrétien Koceila  et de la Kahéna, elle s'acheva en 702. En 770, la dynastie Idrisside qui contrôlait toute l’Afrique du Nord entreprit la destruction de l’église catholique et  les dernières communautés chrétiennes berbères s’éteignirent à la fin du 11ème siècle. Mais, dans certaines régions berbères, les femmes ont continué tout au long des siècles  à se faire tatouer une croix sur le menton et la représentation d’un poisson, signe distinctif des chrétiens des premiers temps, figure toujours sur le seuil des maisons dans certaines campagnes berbères comme le pays khroumir enTunisie.

L’existence de ces communautés pacifiques et la relative tolérance dont elles font l’objet de la part des autorités sont un signe fort des progrès de la démocratie en Afrique du Nord. Mais les jeux ne sont pas faits pour autant. En Algérie notamment, des lois restrictives seraient en préparation. Les démocrates et les défenseurs des droits de l’homme doivent rester vigilants. En attendant je vous invite à mieux connaître ceux qui se considèrent comme les descendants des victimes de la colonisation arabo-musulmane en allant sur leurs sites :

www.makabylie.info  , www.notredamedekabylie.com ,  www.tamazgha.fr ,

http://evangelique-kabyle.blog.mongenie.com,  www.algerie-dz.com, www.kabyles.net,

Fatwa contre les Kabyles chrétiens

 

Les chrétiens sont désormais désignés comme une « menace à la cohésion spirituelle nationale ». Des imams veulent résister aux « nouveaux croisés »...
« N'ayez pas peur ! » D'une voix nouée par l'inquiétude, Hocine égrène le sermon comme un discours poème d'amour. Depuis quelques mois, cet ingénieur agronome de 34 ans fait fonction de pasteur à l'église des Ouadhias, dans les monts de Kabylie, et dirige la messe tous les vendredis matin, « jour du seigneur commun avec les musulmans ». Son prédécesseur, Kader, un autre enfant du cru, est parti prêcher à Constantine, une ville de l'est algérien réputée pour son conservatisme arabo-islamique.

Dans une ambiance de kermesse, les fidèles, hommes, femme et enfants venus des villages voisins, chantent le Christ en berbère. « Alléluia, Aïsa Ihemel-iyi (Jésus nous aime) ». Au début des années 1980, ces chrétiens fraîchement convertis, étaient à peine une vingtaine. Pour prier, ils se réunissaient discrètement dans un petit local. Puis, en 1984, ils se sont constitués en association, agréée par l'administration. Une ancienne maternité, léguée par les soeurs blanches, devient leur lieu de culte. Aujourd'hui, la communauté, forte de quelques centaines de fidèles, est reconnue par l'Eglise protestante d'Alger. La population, plus sensible à « l'Islam tolérant et tranquille des ancêtres » qu'à l'extrémisme sanguinaire des intégristes, les appelle affectueusement « Arraw n Sidna Aïssa (les enfants de Jésus) ».

Dans un pays otage des traditions, et où l'Islam est officiellement « religion d'Etat », la rencontre avec Jésus relève du miracle. Pour Hocine, converti en 1996, la transition s'est faite en douceur. Car, dans la famille, on redoutait plutôt le fanatisme et les sectes. « J'ai toujours témoigné de ma foi dans l'amour, explique-t-il, car je suis devenu chrétien par conviction et non par rejet de l'Islam. J'ai gardé les mêmes amis, mais j'évite les discussions trop passionnées ».

En régions arabophones sous influence intégriste, cette surprenante coexistence entre la Croix et le Croissant est une hérésie. Durant les années de terreur islamiste, les chrétiens de Kabylie ont continué à témoigner de leur foi avec courage. Sans être inquiétés, ni par les GIA, ni par les autorités. Depuis la restauration de la paix civile, ils sont pointés du doigt comme une « menace spirituelle à la cohésion nationale ». Car, disent les théologiens musulmans, « l'apostasie est un crime passible de la peine de mort ». Pour échapper à cette Fatwa, les chrétiens qui vivent en dehors de cette région singulière et frondeuse sont contraints de raser les murs. Signe de ce climat d'intolérance qui vire à l'inquisition, les islamo-conservateurs ont lancé, l'été dernier, une campagne médiatique contre « l'évangélisation des Kabyles ». Dans les mosquées pourtant réputées « modérées », des imams sonnent le tocsin et appellent la population à « résister à cette nouvelle croisade ».

Prélude aux persécutions ?
Lors d'un colloque à l'université islamique de Constantine, un théologien dénonce le « laxisme des autorités face aux 15 églises, qui ont déjà converti 30,58pc de la population kabyle ! » Des chiffres exagérés pour les besoins de la « cause » ; car la communauté ne dépasse pas le millier de fidèles. Le Haut conseil islamique, gardien de l'orthodoxie officielle, demande au gouvernement « de prendre les mesures qui s'imposent pour mettre fin aux dangers de l'évangélisation, qui agresse l'Islam dans sa propre maison ». A l'Assemblée nationale, cette tempête est relayée par les députés islamistes, qui interpellent le ministre des Affaires religieuses. Ce dernier rappelle « le principe constitutionnel qui garantit la liberté de conscience », mais accuse « les partis laïques de la région d'encourager cette opération ».

Convaincu que « Dieu a choisi cette terre pour le retour de Jésus », Hocine affiche une sérénité de façade ; mais il reste prudent : « pour l'instant, nous avons la liberté de culte, mais cette levée de boucliers risque d'être le prélude à des persécutions ». Dans ce climat d'hystérie, Mgr Teissier, archevêque catholique d'Alger, sort de sa réserve et tente de faire entendre la voix de la raison : « nous ne voulons pas que se développe un christianisme opposé à l'Islam en Algérie. Nous voulons construire la fraternité, mais dans le respect de l'autre. Ceux qui utilisent le discours extrémiste de part et d'autre n'ont pas d'avenir ».

AREZKI AÏT-LARBI, CORRESPONDANT EN ALGÉRIE

Mis en ligne le 06/01/2005

© La Libre Belgique 2005

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Mardi 11 décembre 2007

 J’ai vécu en Haïti de 1972 à 1975. Jean-Claude Duvalier  venait alors de succéder à son père et semblait donner les signes d’une volonté de libéralisation du régime que  le monde attendait. En France, le président Pompidou, sensible au fait que la voix d’Haïti avait été déterminante dans la décision de faire du français l’une des langues de travail de l’ONU (1946), avait décidé de faire un effort important pour maintenir ce petit pays dans le giron de la francophonie. C’est dans ce contexte que je fus nommé à la tête d’une mission comprenant une trentaine d’assistants et de  conseillers (elle s’étoffa les années suivantes.) qui débarqua dans le pays le 15 septembre 1972. Notre travail consistait à repenser complètement le système éducatif, à mettre au point des méthodes d’enseignement, à concevoir des manuels scolaires, à former  des enseignants, des inspecteurs et des cadres, à construire des écoles de brousse,  sortes de centres communautaires, à ouvrir la voie à l’enseignement du créole seule langue comprise par la majorité de la population, à  imaginer les missions et les contenus de l’I.P.N. (Institut Pédagogique National) dont je fus le directeur jusqu’à sa remise aux autorités locales. 

        J’ ai découvert, au cours de ces années, un peuple attachant, créatif sur le plan des arts, digne face à l’adversité, courageux dans ses luttes. J’y ai fréquenté des personnes de grande valeur dont la culture et la maîtrise de la langue française auraient pu faire rougir plus d’un de nos intellectuels. Aujourd’hui encore, je pense avec émotion au linguiste Pradel Pompilus, si savant et si modeste à la fois,  à l’indomptable journaliste Jean Dominique assassiné devant sa station de radio Haïti Inter, à sa courageuse compagne, Michèle Montas, au professeur Jean Claude, de Jacmel, capable de soutenir une conversation en latin, au peintre Tiga, fondateur du mouvement « Saint-Soleil » remarqué par André Malraux, à Fritz Dorsainville l’intransigeant et vertueux directeur de l’enseignement et à beaucoup d’autres encore. thinking.jpg

Malheureusement, Haïti qui a encore régressé depuis cette époque, fait partie  des sept pays les plus pauvres du monde et son peuple continue de vivre une effroyable tragédie le condamnant à la misère ou à l’exil. 

          On sait la part que la France a prise dans la genèse de cette triste  situation mais  on connaît moins bien celle qui incombe aux orientations que les premiers dirigeants haïtiens donnèrent à leur politique. Rappelons brièvement les faits. Après l'abolition de l’esclavage par la Convention (1793), Toussaint Louverture avait rétabli la paix et chassé les Espagnols et les Anglais qui menaçaient la colonie. Nommé gouverneur, il promulgua une constitution autonomiste mal acceptée par Napoléon Bonaparte qui, sous l'influence des commerçants et des créoles dont Joséphine de Beauharnais, envoya en 1802 une armée commandée par son beau-frère, le général Leclerc, pour rétablir l’esclavage et démettre  le chef noir. Ce dernier fut arrêté et emprisonné au fort de Doux, dans le Jura, où il mourut des rigueurs du climat, le 22 octobre 1803. Après quelques victoires sans lendemain, l’armée de Leclerc, décimée par les maladies et combattue par  un peuple défendant farouchement sa liberté, est vaincue (automne 1803) par le successeur de Toussaint Louverture, le général Dessalines, qui  proclame le 1er janvier 1804 l'indépendance d'Haïti, se fait désigner  gouverneur général à vie, puis empereur, sous le nom de Jacques 1er. Il confisque alors les propriétés des Blancs (rappelons que les noirs libres ou affranchis et les sang-mêlés possédaient 30% des terres et 25% des esclaves)  auxquels il interdit  la propriété de terres en Haïti et ordonne   leur mise à mort qui sera systématiquement mise en œuvre malgré l’opposition d’une partie des officiers. L’historien Peter J. Frisch, dans un article intitulé « L’état civil de Port au Prince, témoin du massacre général des Blancs »  paru en 1994 dans le No. 58 de la revue « Histoire et généalogie de la Caraïbe » cite deux documents bouleversants sur ce sujet. Le premier est un texte de Thomas Madiou, le premier historien haïtien :

    

"A  dix heures du soir du 16 mars,  l'égorgement  commença sur plusieurs points de la ville à la fois.  Des  pelotons de  soldats  guidés  par des hommes  armés  de  poignards, appartenant à la marine,  au commerce, à l'administration, pénétrèrent dans les maisons des Blancs et les égorgèrent.
Des hurlements affreux remplirent la ville : un vieillard nommé  NONE,  habitant  de la rue  des  Fronts Forts,  fut immolé  un des premiers.  Le massacre continua jusqu'à  la pointe  du  jour.  Alors les tueurs se reposèrent un  peu.
Vers les huit heures,  ils recommencèrent le carnage. Les Blancs  qui  n'avaient pas succombé dans  la  nuit  furent arrêtés, conduits hors de la ville et sacrifiés à la Croix des Martyrs ...  Des enfants armés de sabres assassinaient ceux  des Blancs qu'ils rencontraient dans les  rues.  Ces malheureux,  déjà  terrifiés,  se  laissaient  tuer  sans opposer  aucune résistance (...) Le lendemain,  le gouverneur DESSALINES parcourut la ville dont les  galeries  et les  places  étaient  teintes de  sang  ...  Cependant le gouverneur  général  accorda  la vie à  plusieurs  Blancs, médecins,  chirurgiens,  pharmaciens et chapeliers dont on pouvait avoir besoin
Thomas MADIOU, Histoire d’Haïti publiée à  Port au Prince en 1847, rééditée aux éd. Henri Deschamps, Port au Prince 1989)

  Le deuxième document est un extrait du rapport que fit Samuel NEWS,  capitaine en second de la goélette américaine « John Vining » à l'agence consulaire de France à Santiago de Cuba :

"Se trouvant au Port-au-Prince à la fin de mars ... il (déclare) y a(voir) été  témoin  du massacre général des  Blancs  restés  dans ladite ville, par les Noirs, lequel massacre a commencé le vingt  mars  et a continué jusqu'au vingt-trois  dudit mois et s'est commis avec des circonstances  atroces,  que les  Noirs  se  sont portés dans les  différentes  maisons habitées par des Blancs,  ont enfoncé les portes, entraîné dehors  les malheureuses victimes qui s'y  trouvaient  et, après les avoir entièrement dépouillées et mises nues, les ont  inhumainement  massacrées  dans les rues  à  coup  de sabre,  qu'après  le massacre on a assuré à lui  comparant que  le nombre des victimes s'élevait à plus de cinq cents parmi  lesquels  se  trouvaient une femme  et  ses  quatre enfants,  qu'il  sait avec certitude qu'à l'exception  des femmes  blanches (1) il n'a été épargné que quatre  hommes blancs dont il ignore les noms, savoir deux négociants, un médecin,  un chirurgien et un forgeron ...  que parmi  les gens  qui  massacraient,  il  y avait un grand  nombre  de mulâtres généralement officiers".
1) Les  femmes  blanches et leurs enfants seront  également massacrés par la suite.

     Ces évènements rendront difficiles les négociations ultérieures avec la France et auront des conséquences gravissimes pour Haïti. La France refusera de reconnaître l’indépendance du pays et, le 11 juillet 1825, le roi Charles X lui imposera, sous la menace  d’une escadre de 14 vaisseaux et de 500 canons, le paiement d’une indemnité de 150 millions de francs or ramenés ultérieurement à 90 millions, que les Haïtiens paieront jusqu’en 1888. Les impôts créés pour faire face au paiement de la dette entraîneront des révoltes paysannes et créeront, à partir de 1826, un climat de violence  et une instabilité dont le pays n’est jamais totalement sorti.  Enfin, selon l’historien dominicain Frank Moya Pons, la dette à l’égard de la France constituera l’un des motifs principaux de la volonté d’occupation de la partie hispanophone  de l’île, qui provoqua, jusqu'en 1859, de  sanglants conflits entre Haïti et la République dominicaine : 
« Moreover, the Haïtian objected that if France recognized Dominican independence, they would have no more chance to reoccupy the eastern two-thirds of the island and could not collect from Dominicans the money and ressources needed to pay the debt that they had contracted with France in 1825 » in The dominican Republic, a national history. Markus Wiener Publisher. Princeton 1998 p. 171.

donkeys.jpg Le calvaire des Noirs réduits en esclavage, arrachés à la terre de leurs ancêtres,  exploités sans pitié dans les plantations, la cruauté de certains maîtres  qui traitaient des êtres humains comme des animaux, l’indifférence des autres qui, à de rares exceptions près, acceptaient un système dont ils tiraient profit, constituent une tache sur la mémoire de la France qui ne peut provoquer  aujourd’hui qu’un sentiment de rejet et de  honte. La colonisation de Saint-Domingue fut un énorme gâchis parce qu’elle reposait sur un système injuste et condamnable et parce qu’en refusant l’évolution pacifique qu’aurait permis un accord avec Toussaint Louverture encore attaché à la France, Napoléon porte la lourde responsabilité de l’histoire tragique qui  suivit. Mais, dans ce régime inique, tous les Blancs n’étaient pas dépourvus d’humanité comme le montre l’exemple de Toussaint Louverture lui-même qui reçut une instruction et fut affranchi à l’âge de quinze ans. En les massacrant sans pitié, Dessalines qui recréa avec le travail forcé sur les plantations une certaine forme d’exploitation des Noirs et persécuta les mulâtres,  a fragilisé la nation naissante d’Haïti et transformé l’épopée de la liberté entreprise par Toussaint Louverture en une sanglante mascarade. Quant aux Blancs de Saint- Domingue, ces Pieds-noirs du nouveau monde, leur mémoire méritait bien ce rappel de l’histoire.

 


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Jeudi 6 décembre 2007

      Je suis Français, de sang espagnol, né en Algérie d’une famille installée là-bas depuis deux générations, et je promène aujourd’hui mes vieilles cicatrices entre la Méditerranée, le pacifique, et l’Amérique latine où je partage ma vie, m’intéressant à l’histoire et au destin de ces minorités qui furent, comme les Pieds-noirs d’Algérie, tout à la fois les instruments et les victimes de la colonisation. J’aurais pu devenir Algérien si nous avions écrit l’histoire autrement et, surtout, si en 1963 la première Assemblée algérienne n’avait pas voté un code de la nationalité qui, pour me reconnaître ce droit, exigeait que j’eusse au moins deux ancêtres musulmans dans mon ascendance ou que j’aie servi la révolution. J’ai encore en mémoire l’intervention de cet élu européen - les accords d’Evian qui furent rapidement abandonnés avaient prévu leur représentation dans les assemblées -, un curé de l’Oranais, ami des « fellaghas » selon la majorité des Pieds-noirs, un homme lucide selon moi, qui regrettait alors : « l’Algérie a souvent été la terre des occasions manquées et elle va l’être à nouveau aujourd’hui».
 
        Je n’entends jamais évoquer par un de ces beaux esprits qui passent leur temps à peindre le monde en noir et blanc, une disposition - je ne sais pas si elle existe toujours dans le code civil algérien - qui atteignit rapidement son objectif de faire partir de leurs pays les plus engagés d’entre nous, ceux qui avaient décidé d’y vivre et de le servir. Plus curieusement encore, je n’entends jamais évoquer non plus les mesures prises par le gouvernement algérien pour empêcher les Pieds-noirs de transférer hors d’Algérie le produit de la vente de leurs biens ou de les en spolier grâce à la fameuse loi sur les  biens dits vacants qui permettait de confisquer sans indemnisation toute propriété - terrain, entreprise, luxueuse ou humble résidence…- leur appartenant, non occupée pendant deux ou trois semaines. J’ai connu quelques années plus tard de modestes retraités qui, craignant de se retrouver à la rue à leur retour, n’osaient même pas aller visiter leurs enfants installés hors d’Algérie.

          Ainsi, cent trente trois ans après les Algériens qui, par divers procédés, notamment la confiscation des terres sans titres comme l’étaient les terres collectives des tribus, les biens religieux ( Habous ), les terrains de parcours des nomades dans un pays où le cadastre n’existait pas, se virent dépouiller de leurs terres, nous apprenions à notre tour que l’Histoire n’est jamais douce envers les vaincus. Et nous étions les seuls vaincus de cette guerre... Les biens pillés lors de la conquête d’Alger avaient été accaparés par quelques familles comme celle de l’actuel baron Ernest Antoine de Seillière ou de son représentant à Alger, Adolphe Schneider, qui reçut pour prix de ses services, un fleuron de la sidérurgie française, les forges du Creusot ( Lire à ce sujet « Main basse sur Alger » de Pierre Péan aux éditions Plon . 2.005), les terres récupérées plus tard furent distribuées aux colons. Les pillards de 1962 se partagèrent ce que les Européens n’avaient pas pu emporter, tandis que le gouvernement algérien distribuait les propriétés confisquées aux familles de réfugiés rentrant de Tunisie et du Maroc, aux paysans déplacés par la guerre ou aux cadres du FLN qui s’empressaient de les louer à prix d’or… aux coopérants. Juste retour des choses ? Certains le pensent. Je crois pour ma part, comme Albert Camus, que l’on n’efface pas une injustice en en commettant une autre et que l’Algérie qui a manqué d’un Nelson Mandela, s’est privée par cette politique, des cadres qui lui firent défaut pour son développement et de l’opportunité de créer une société pluriethnique et multiculturelle qui aurait pu rayonner sur le bassin méditerranéen et plus loin encore.

Les mémoires de l’Algérie sont donc plurielles et c’est pourquoi, même si je n’ai pas l’âme sarkozienne, je me reconnais dans les propos du président sur ce pays. Dans sa condamnation de l’aventure coloniale car rien, en effet, ne justifie qu’un pays en occupe un autre, lui substitue sa culture et s’empare de ses richesses mais aussi dans sa reconnaissance de l’identité et de la souffrance de ceux, Harkis et Pieds-noirs qui furent en quelque sorte les « cocus » de l’aventure coloniale. C’est cette réalité complexe de l’histoire algérienne que j’ai moi-même voulu présenter dans « Balintawak, le cri de la liberté » que publieront début 2.008 les éditions Pietra Liuzzo.

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