Non croyant moi-même, ce ne sont pas des raisons spirituelles qui me dictent mon intêrêt pour les
convertis kabyles mais l'amour que j'éprouve, sans limites d'espace et de temps, pour ce coin d'Algérie entre mer et montagne où je suis né et l'admiration que je professe pour
l'irrédentisme du peuple des hommes libres, descendants de Massinissa et de Saint Augustin.
La conversion au christianisme de musulmans d’Afrique du Nord, particulièrement de Kabyles, est un phénomène suffisamment important pour que les médias nationaux y aient consacré plusieurs
reportages : ARTE (novembre 2004), Le Monde (mars 2005), Jeune Afrique (mai 2005), Le Figaro (mai 2006). On peut naturellement s’interroger sur
l’importance réelle de ce mouvement mais il est difficile de se prononcer tant les opinions divergent. Certains , y compris parmi les nouveaux convertis, ont en effet tendance à minorer les
chiffres par souci d’apaisement. L'Islam, religion d’état dans les pays musulmans, ne punit-il pas de la peine de mort l’apostasie? Deux hadiths (paroles ou faits de la vie de Mahomet rapportés
par ses compagnons pour expliciter des points obscurs du Coran et servir de guide aux musulmans) sont considérées par certains théologiens islamiques comme justifiant l'application de la peine de
mort en cas d'apostasie :
a) « Le sang d'un musulman, qui accepte qu'il n'y a d'autre Dieu qu'Allah et que je suis Son prophète, ne peut
être versé que dans trois conditions: en cas de meurtre, pour une personne mariée qui s'adonne au sexe de manière illégale, et pour celui qui s'éloigne de l'islam et quitte les
musulmans »
b) « Celui qui change de religion, tuez-le ! »
Ces textes ont le
mérite d'être clairs. Fort heureusement les pays d’Afrique du Nord ont dépassé le stade où ils pouvaient être interprétés à la lettre mais la crainte d’extrémistes disposés à accomplir la
« parole de Dieu » reste vivace dans un pays comme l’Algérie qui a payé et continue de payer un lourd tribut à l'extrémisme religieux.
Toutes réserves faites, on peut estimer le nombre de chrétiens d’origine musulmane à un millier en Tunisie, à 8000 au Maroc où ils bénéficient de la
tolérance du Roi et entre 30.000 et 100.000 en Algérie où il a pu être écrit (mais cela paraît très exagéré) qu’à Tizi-Ouzou 30% de la population fréquenterait une église. Je prvilégierais
pour ma part l'hypothèse basse. Mais 30.000 convertis ce n'est pas rien tout de même, surtout quand l'on sait que durant tout le temps de la colonisation ce nombre n'a jamais été
atteint ce qui, soit dit en passant, explique l'absence de métissage en Algérie que l'on a mise sur le compte du racisme des Pieds-Noirs, alors que la raison essentielle en fut
l'interdiction faite aux musulmans d'épouser quelqu'un d'une autre confession que la leur. Le phénomène interpelle donc par son ampleur. Les adversaires des chrétiens l'on stigmatisé en faisant
des convertis les successeurs des Harkis, des partisans du Hizb Fança, le soi disant parti de la France qui continuerait de tirer les ficelles en Algérie ou en les saccusant de
vendre leur âme pour le prix d'un visa. Il suffit pourtant de se promener sur le web de la planète berbère pour se rendre compte que le mouvement est une véritable lame de fond qui
obéit à des motivations profondes venues de l'histoire et se conjugue avec la nostalgie d'un âge d’or de l’Afrique du Nord qui a donné plusieurs empereurs à Rome et quatre
papes, de nombreux saints et martyres, d’illustres théologiens à l’Eglise. Cette volonté de retour aux sources explique que de nombreux Kabyles non
croyants ou athées soutiennent le mouvement considérant que l’invasion arabe n’a été qu’une forme de colonialisme qui les a coupés de leurs racines et
qui les prive aujourd’hui encore de leur langue et de leur culture. Il faut dire qu’avant de devenir la pointe occidentale avancée du monde arabo-musulman, l’Afrique du Nord était parfaitement
intégrée au monde chrétien. On l’ignore trop souvent mais le christianisme nord africain a constitué l’une des communautés les mieux structurées et les plus puissantes du monde chrétien.
Les premières communautés chrétiennes y sont recensées à partir du IIème siècle. C’est à la même période que naît le siège épiscopal d’Alger, soit
trois siècles avant la naissance de Mahomet. A la fin du deuxième siècle les Berbères exerçaient une influence considérable sur les affaires du monde, deux d’entre eux, l’empereur Septime Sévère
et le pape Victor Ier régnant alors à Rome. On estime que vers 256 l’Afrique du nord comptait plus d’une centaine d’évêques alors que la Gaulle
n’avait que de rares sièges épiscopaux. Près d’un siècle après le premier synode de Carthage qui, en 220, réunissait 70 évêques, le concile d’Arles,en
314, ne regroupait que 16 Eglises gauloises. Au IVème siècle, Saint Augustin, né à Thagaste (Souk Arras, dans l’est de l’Algérie) deviendra l’un des Pères de l’Eglise les plus fameux,
celui, sans doute, qui, après Paul, fut la personne ayant le plus contribué au développement du christianisme. Il est devenu aujourd’hui l’étendard des convertis Algériens. La conquête de
l’Algérie par les Arabes commença en 647 et, malgré la farouche résistance des Berbères sous la conduite du prince chrétien Koceila et de la
Kahéna, elle s'acheva en 702. En 770, la dynastie Idrisside qui contrôlait toute l’Afrique du Nord entreprit la destruction de l’église catholique et les dernières communautés chrétiennes berbères s’éteignirent à la fin du 11ème siècle. Mais, dans certaines régions berbères, les femmes ont continué tout au
long des siècles à se faire tatouer une croix sur le menton et la représentation d’un poisson, signe distinctif des chrétiens des premiers temps, figure toujours sur le seuil des maisons
dans certaines campagnes berbères comme le pays khroumir enTunisie.
L’existence de ces communautés pacifiques et la relative tolérance dont elles font l’objet de la part des autorités sont un signe fort des progrès de la
démocratie en Afrique du Nord. Mais les jeux ne sont pas faits pour autant. En Algérie notamment, des lois restrictives seraient en préparation. Les démocrates et les défenseurs des droits de
l’homme doivent rester vigilants. En attendant je vous invite à mieux connaître ceux qui se considèrent comme les descendants des victimes de la colonisation arabo-musulmane en allant sur leurs
sites :
www.makabylie.info
, www.notredamedekabylie.com , www.tamazgha.fr ,
http://evangelique-kabyle.blog.mongenie.com, www.algerie-dz.com, www.kabyles.net,
Fatwa contre les Kabyles chrétiens
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Les chrétiens sont désormais désignés comme une « menace à la cohésion spirituelle nationale ». Des imams veulent
résister aux « nouveaux croisés »...
« N'ayez pas peur ! » D'une voix nouée par l'inquiétude, Hocine égrène le sermon comme un discours poème d'amour. Depuis
quelques mois, cet ingénieur agronome de 34 ans fait fonction de pasteur à l'église des Ouadhias, dans les monts de Kabylie, et dirige la messe tous les vendredis matin, «
jour du seigneur commun avec les musulmans ». Son prédécesseur, Kader, un autre enfant du cru, est parti prêcher à Constantine, une ville de
l'est algérien réputée pour son conservatisme arabo-islamique.
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Dans une ambiance de kermesse, les fidèles, hommes, femme et enfants venus des villages voisins, chantent le Christ en berbère. « Alléluia, Aïsa Ihemel-iyi (Jésus nous aime) ». Au début des années 1980, ces chrétiens fraîchement convertis, étaient à peine une vingtaine. Pour prier, ils se
réunissaient discrètement dans un petit local. Puis, en 1984, ils se sont constitués en association, agréée par l'administration. Une ancienne maternité, léguée par les soeurs blanches, devient
leur lieu de culte. Aujourd'hui, la communauté, forte de quelques centaines de fidèles, est reconnue par l'Eglise protestante d'Alger. La population, plus sensible à « l'Islam
tolérant et tranquille des ancêtres » qu'à l'extrémisme sanguinaire des intégristes, les appelle affectueusement « Arraw n Sidna Aïssa
(les enfants de Jésus) ».
Dans un pays otage des traditions, et où l'Islam est officiellement « religion d'Etat », la rencontre avec
Jésus relève du miracle. Pour Hocine, converti en 1996, la transition s'est faite en douceur. Car, dans la famille, on redoutait plutôt le fanatisme et les sectes. « J'ai toujours témoigné de ma foi dans l'amour, explique-t-il, car je suis devenu chrétien par conviction et non par rejet de l'Islam. J'ai
gardé les mêmes amis, mais j'évite les discussions trop passionnées ».
En régions arabophones sous influence intégriste, cette surprenante coexistence entre la Croix et le Croissant est une
hérésie. Durant les années de terreur islamiste, les chrétiens de Kabylie ont continué à témoigner de leur foi avec courage. Sans être inquiétés, ni par les GIA, ni par les autorités. Depuis la
restauration de la paix civile, ils sont pointés du doigt comme une « menace spirituelle à la cohésion nationale ». Car, disent les théologiens musulmans, « l'apostasie est un
crime passible de la peine de mort ». Pour échapper à cette Fatwa, les chrétiens qui vivent en dehors de cette région singulière et frondeuse sont contraints de raser les murs. Signe de ce climat
d'intolérance qui vire à l'inquisition, les islamo-conservateurs ont lancé, l'été dernier, une campagne médiatique contre « l'évangélisation des Kabyles ». Dans
les mosquées pourtant réputées « modérées », des imams sonnent le tocsin et appellent la population à « résister à cette nouvelle croisade ».
Prélude aux persécutions ?
Lors d'un colloque à l'université islamique de Constantine, un théologien dénonce le « laxisme des autorités face aux 15 églises, qui ont déjà
converti 30,58pc de la population kabyle ! » Des chiffres exagérés pour les besoins de la « cause » ; car la communauté ne dépasse pas le millier de fidèles. Le Haut conseil islamique, gardien de l'orthodoxie officielle, demande au gouvernement « de prendre les mesures qui s'imposent pour mettre fin aux dangers de l'évangélisation, qui
agresse l'Islam dans sa propre maison ». A l'Assemblée nationale, cette tempête est relayée par les députés islamistes, qui interpellent le ministre des Affaires religieuses.
Ce dernier rappelle « le principe constitutionnel qui garantit la liberté de conscience », mais accuse « les partis laïques de la région d'encourager cette opération
».
Convaincu que « Dieu a choisi cette terre pour le retour de Jésus », Hocine affiche une sérénité de façade ;
mais il reste prudent : « pour l'instant, nous avons la liberté de culte, mais cette levée de boucliers risque d'être le prélude à des persécutions ».
Dans ce climat d'hystérie, Mgr Teissier, archevêque catholique d'Alger, sort de sa réserve et
tente de faire entendre la voix de la raison : « nous ne voulons pas que se développe un christianisme opposé à l'Islam en Algérie. Nous voulons construire
la fraternité, mais dans le respect de l'autre. Ceux qui utilisent le discours extrémiste de part et d'autre n'ont pas d'avenir ».
AREZKI AÏT-LARBI, CORRESPONDANT EN
ALGÉRIE
Mis en ligne le 06/01/2005
© La Libre Belgique 2005