Samedi 9 février 2008

Balintawak, le cri de la liberté

 

Balintawak, le cri de la lberte, sort en librairie le 16 fevrier . Ce roman raconte en utilisant tour a tour le recit et l'allegorie l'histoire de l’Algérie de 1880 a 1962.

Je n’ai pas voulu traiter  de maniere chronologique l'histoire de la colonisation et de la guerre d'independance pour éviter de raviver des blessures et des rancunes que nous voyons s'exprimer a vif encore aujourd'hui  et aussi parce que pour moi l’Algérie ce était pas uniquement les Pieds noirs mais aussi les Kabyles et les Arabes et que je ne pouvais pas parler au nom de ces deux dernieres communautés. Le fil conducteur du recit est celui la meme que j'assigne a ce blog, montrer que dans l'histoire de l'Algerie, les Pieds noirs ont ete tout a la fois les instruments et les victimes de la colonisation. En fait, le vrai probleme de cette histoire douloureuse qui se fait jour peu a peu dans la conscience de nombreux acteurs c'est que les Pieds noirs etaient des Algeriens plutot que des Francais mais qu'il n'en ont pas tire les conclusions qui s'imposaient. Cette affirmation pourra choquer certains lecteurs.Permettez moi pour l'illustrer, de reproduire ici des echanges publies sur un forum :

Mon post:
 Oui, de tres nombreuses mairies etaient  detenues par la gauche en Algerie avant l'independance.. Les communistes, comme toujours, ont ete a cote de la plaque. Avant la guerre de 40, ils defendaient une evolution du statut algerien.  Mais, avec la montee du danger de guerre contre l'Allemagne, l'URSS  lanca une campagne d'alliance avec les radicaux socialistes contre les partis d'extreme droite ce qui  eut des consequences en Algerie ou ce parti etait un parti d'essence colonialiste .  A cette epoque, Camus qui, comme beucoup de jeunes Pnoirs, ressentait de la sympathie pour le parti communiste, dirigeait le Theatre du peuple qui se voulait le theatre des Arabes, des Berberes et des Pnoirs reunis .  Son refus d'obeir a l'injonction du parti communiste de changer d'orientation, le conduisit a demissionner. Apres la guerre, dans laquelle Pnoirs et arabo berberes avaient combattu cote a cote une evolution etait possible  mais il aurait fallu pour cela que les Pnoirs qui ne beneficiaient pas directement de la manne coloniale et qui considereaient que leur pays c'etait l'Algerie et pas la France se rapprochent des Algeriens pour parler d'un avenir commun. La France n'aurait pas voulu de cet accord et elle aurait essaye de l'empecher mais elle n'y serait pas parvenue a mon avis .Pour cela il aurait peut etre  fallu attendre dix ans encore. Rares etaient a cette epoque les gens comme moi et mon petit groupe de copains capables de dire, j'aime la France mais j'aime l'Algerie plus que la France, de dire comme les latino americains l'Espagne est la mere patrie mais notre patrie c'est le  Mexique, le Chili   etc. J'entends deje pousser de cris d'orfraie. Mais que signifiait la Patrie francaise pour tous ces Pieds noirs qui vivaient en Algerie depuis deux ou trois generations et n'avaient jamais mis le pied en France avant 1962? Un mythe tout simplement et ils s'en sont vite apercus en posant le pied a Marseille.

Reponse d'un Pnoir:
 A Oran beaucoup d'espagnols n'étaient-ils pas des républicains, communistes aussi pour beaucoup, ayant fuit l'Espagne franquiste ? N'ont ils pas constitués plus tard l'ossature de l'OAS ? L'OAS était bien implantée dans les quartiers populaires des villes d'Algérie. Elle constituait la lutte du petit peuple pour sa survie
Les Pieds Noirs votent Le Pen ? Beaucoup surtout pour emm***** les français.
 
"Rares etaient a cette epoque les gens comme moi et mon petit groupe de copains capables de dire, j'aime la France mais j'aime l'Algerie plus que la France, dire comme les latino americains l'Espagne est la mere patrie mais notre patrie c'est le  Mexique, le Chili   etc J'entends deje pousser de cris d'orfraie. Mais que signifiait la Patrie francaise pour tous ces Pieds noirs qui vivaient en Algerie depuis deux ou trois generations et n'avaient jamais mis le pied en France avant 1962? Un mythe toutsimplement et ils s'en sont vite apercus en posant le pied a Marseille."
 
Tout a fait d'accord avec vous, les PN étaient et sont toujours ultracocardiers, qu'avions nous et qu'avons nous de français finalement ? Nous n'arrivons pas à nous reconnaître dans ce pays, ce pays ne nous aime pas ! savez vous qu'il a existé des mouvements autonomistes et séparatistes chez les français d'Algérie ? déjà en 1871 on a failli arriver à la création d'un dominion. Avez vous lu le formidable livre d'A. Loesch "La valise et le cercueil" paru en 63 et qui aborde ce théme ?
Alors qu'aurait-il fallu faire ? Pour répondre à moh babeloued le FLN n'aurait pas du s'attaquer à la population civile européenne mais uniquement aux militaires et laisser les européens prendre leur responsabilité en tant qu'algériens. Les violences barbares envers les civils européens de la part du FLN ont signifié qu'on ne voulait pas d'eux dans une Algérie future.Aujourd'hui je considère que nous n'avons plus de pays sinon ça se serait su par l'acceuil, la considération, la solidarité de la majorité du peuple français alors que nous ne récoltons qu'insultes et mépris. Alors je vais vous dire et vous faire bondir, algériens et pieds noirs ont en commun d'avoir été les victimes du colonialisme français.

Commentaire d'un nationaliste algerien:

Cette phrase "algériens et pieds noirs ont en commun d'avoir été les victimes du colonialisme français."
 
je l'ai déjà entendue au début des années 70, elle a été prononcé par Boumedienne devant un parterre d'une centaine d'étudiants dans un amphithéatre de l'université d'Alger.
 


Deux histoires se croisent donc dans Balintawak, le cri de la liberte et se répondent de page en page : celle de la guerre d’indépendance des Philippines de 1896 á 1898 vue par les yeux d’un jeune volontaire Pied noir de l’armée espagnole qui préfigure la guerre d’Algérie et la saga dúne famille de petits colons. Ce livre essaie de rendre hommage á tous les batisseurs de pays qui quittérent un jour leur patrie pour tenter de vivre mieux ou par esprit d’aventure et á tous les combattants de la liberté sans exception. C’est aussi un chant de l’utopie, le reve de ce que nous aurions pu faire ensemble Pieds noirs et Algeriens de ce pays mais c’est surtout un chant d’amour á l’Algérie. On peut le commander dans toutes les librairies en indiquant le nom de l’auteur, Emile Martinez, le titre, Balintawak, le cri de la liberté et le no ISBN, 978-2-916685-13-7 ou directement sur le site de l’éditeur PIETRA LIUZZO qui expédie a l’étranger.

 

(JPG)

 

 
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Vendredi 11 janvier 2008

Voyageant  pour quelque temps en Amerique latine, je ne pourrai pas, comme je le souhaiterais, continuer a ecrire avec la meme frequence et la meme facilite. Vous remarquerez d'ailleurs que je n'utilise deja plus les accents ou la cedille qui sont absents des claviers espagnols.  Mais je veux rester avec vous par le coeur et je vous enverrai regulierement une carte postale particuliere,  une belle page sur notre Algerie ou un bref recit de notre histoire. Le plus emouvant de ces textes, c'est que je ne les ai pas choisis moi-meme. C'est un de nos freres kabyles, dont le pseudo est Tazmalt, qui les a selectionnes pour parler de notre histoire a d'autres Kabyles. Choisir un texte avec cet objectif n'est pas chose facile et le choix revele tout autant ceux que l'on presente que celui qui les presente. Dans le regard que Tazmalt  a porte sur nous, je n'ai vu que de l'estime et de la fraternite . Qu'il en soit ici remercie par tous ceux qui auraient voulu quelquefois voir le meme regard chez les metropolitains. E.M.


Mon Algérie à moi, c'était le monde enchanté d'une merveilleuse enfance à la Pagnol 


Détrie, près de Sidi-Bel- Abbès, Oranie. Algérie donc On va vous parler d'un pays qui n'existe plus et dont le souvenir bénit me fermera les yeux. Au milieu, y coulait une rivière, l'oued Mekerra. Pour le reste, plat comme la main. Et sec. Pas de vallées, pas de vertes prairies et pas de ces fleuves comme on voyait sur les photos de la France. Parce qu'on disait " là-bas en France " comme s'il se fût agi d'un pays étranger.
Non, plus banalement, mon horizon était peuplé de vignes, de jardins maraîchers, de champs de melons et de pastèques surmontés d'un monticule que nous appelions le "Télégraphe", un sémaphore optique utilisé en 1856 par mes ancêtres venus d'Allemagne, d'Alsace et de Corrèze. Curieux melting-pot. L'Europe des peuples avant l'heure...
Mon bled ne ressemblait pas à une carte postale suisse mais c'était mon paradis et j'en étais le petit dieu. Mes apôtres - six - se prénommaient Naouar, Djemil, Caïa, Miloud, Ahmed, Abdelmajid. Arabes bien sûr. Mais là aucun souci : petit, déjà, par mimétisme, je parlais leur langue. Et, très tôt, trilingue. Car l'espagnol me vint vite puisque, devant une petite faim, nous "empruntions" un melon ou une pastèque aux bonnasses jardiniers andalous.
Nous avions des journées horriblement chargées. Surtout pendant les vacances. Nos modèles étaient " Pim, Pam, Poum ", les neveux du "capitaine" dont nous nous inspirions pour toutes les bêtises que nous faisions. Comme attacher des boîtes de sardines à la queue d'un chien en plein village à l'heure sainte de la sieste. Résultat garanti mais bonjour les calbotes Tôt le matin, après le Banania réglementaire, il nous fallait vite poser nos pièges à grives et à perdreaux dans les vignes. Avec des fourmis ailées. Comme les aludes du petit Marcel Pagnol. Succès assuré.
Après, on allait, selon l'humeur, chez Sadia, la femme du chauffeur du tracteur du paternel. On y dégustait des pâtisseries arabes faites avec la farine, l'huile et le sucre, là aussi, "empruntés" subrepticement à la maison. Dur, la vie
Naturellement, à table, pas d'appétit. " Le petit ne mange pas, il doit avoir besoin de vitamines " se lamentait la maman ". Tu parles. " Curieux, il n'a pas l'air malade ", répondait, un peu ailleurs, mon père. Je pétais la forme. J'enrageais surtout de devoir rester à table car, purée, c'était l'heure d'aller relever les pièges ! J'entendais alors parler les adultes de Degol, Molé, Pétin, Nassère, comme naguère l'oncle Jules parlait des radicots avec Joseph, le papa-instit du petit Marcel.
La guerre ? Elle me passait au-dessus. On disait pudiquement " les événements ". Seul inconvénient : relever les pièges avant le couvre-feu militaire, à six heures. Et, à six heures, l'été, purée, il fait soleil !
Le dimanche soir, nous écoutions la retransmission des matches de "ballon" à la TSF. Notre SCBA (Sporting-club de Bel-Abbès) gagnait tout le temps. Normal. C'étaient des pros avant l'heure. L'un avait un bistrot, l'autre une station-service. Il y avait des pépètes, la vigne, hein. " Oui, et surtout les joueurs de la Légion étrangère ! " relevaient, d'un doigt vengeur, les Algérois. N'empêche, on les "niquait" toujours et ils avaient la rabia, la rage.
Et puis, d'un coup, le vent de l'Histoire a tourné et nous a poussés de l'autre côté de la mer. Adieu petits copains arabes jamais revus. Adieu risible petit royaume enchanté. " La France, c'est pas que c'est pas bien mais c'est pas comme chez nous ". Comme là-bas.

Là-bas, c'était le jardin d'Allah... On ne se remet jamais d'avoir goûté au paradis. " Mektoub ", c'était sans doute écrit. C'est tout...

Georges BURY (ML)

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Samedi 15 décembre 2007

N'en déplaîse aux Oranais habituellement jaloux de la suprémate algéroise, Alger a été habitée sans discontinuer depuis l'Antiquité, contrairement à Oran, (re)fondée en 908 par des marchands andalous sur un site qui avait certes abrité des comptoirs phéniciens et romains mais qui  connut une longue éclipse économique et historique après les invasions vandale (455) et arabe (645). Cette évocation de la ville d'Alger au 19ème siècle est tirée du roman "Balintawak, le cri de la liberté" à paraître en janvier 2008 aux éditions Pietra Liuzzo (voir liens)

 Selon
un historien latin, un roi libyen du nom d’Hercule passant en cet endroit fut abandonné par vingt hommes de sa suite qui décidèrent d’y édifier une ville. Ils en élevèrent les murailles et, afin que nul d’entre eux ne puisse se glorifier d’avoir imposé son nom à la cité, ils lui donnèrent une désignation qui rappelait le nombre de ses fondateurs Eikosi, vingt. De ce nom, les Romains firent Icosium dont Pline l’Ancien nous dit dans son Histoire naturelle qu’elle reçut de l’Empereur Vespasien le droit latin. A l’époque chrétienne, la ville, signe de grandeur, était le siège d’un évêché, mais elle connut aussi des revers de fortune. Amien Marcellin raconte que le rebelle Firmus sortit du Mont-Ferratus (Djurdjura) à la tête des ancêtres de ceux que l’on appelle aujourd’hui Kabyles et lui imposa de remettre prisonniers, drapeaux et trésors, avant de conclure un traité de paix avec un général romain, frère de l’Empereur Théodose. Détruite par les Vandales, ses habitants la rétablirent. Au dixième siècle, les Arabes occupant l’Afrique du Nord depuis trois cents ans lui donnèrent son nom d’El Djezaïr (l’île) à cause des îlots, aujourd’hui disparus sous les travaux du quartier de la Marine, qui lui faisaient face.

Trois siècles plus tard un savant géographe, Abou Mohamed dit le Maure de Valence, évoque une ville qu’on ne peut se lasser d’admirer et dont l’aspect enchante l’imagination. Assise au bord de la mer, sur le penchant d’une montagne, elle jouit de tous les avantages qui résultent de cette position exceptionnelle. Elle a pour elle les ressources du golfe et de la plaine. Rien n’approche de l’agrément de sa perspective.

Les Espagnols qui avaient achevé la reconquête de la Péninsule occupèrent en 1510 un des îlots. Appelés pour les en déloger, les frères Barberousse, d’origine sicilienne, y installèrent la domination turque et en firent la capitale des corsaires barbaresques dont beaucoup étaient des chrétiens renégats.

Quand, en 1830, elle fut délivrée des sultans de Constantinople par les troupes françaises, un voyageur s’exclama en la découvrant :

 On peut voir en Orient beaucoup de villes construites dans le genre d’Alger maisons carrées comme des dés, façades blanchies à la chaux, galeries à terrasse. Mais je n’en connais pas une qui présente, comme celle-ci, une masse si imposante de constructions, si serrée et si compacte, qu’on la dirait taillée d’un seul bloc dans une carrière de marbre.

Avec ses restaurants et ses cafés, ses marchandes de mode, ses omnibus et son chemin de fer, Alger est aujourd’hui une cité moderne qui n’a rien à envier à des villes européennes d’importance comparable. L’histoire y est présente à chaque coin de rue. Je me souviens par exemple d’avoir vu, sur un pilier d’angle au coin des rues Bab-Azzoun et du Kaftan, la pierre portant l’inscription votive en latin qui permit de déterminer avec certitude la position d’Icosium.

Au cours des siècles, cette ville a vu périr des empires invaincus qui semblaient immortels, jeter bas des divinités, disparaître des civilisations dont on pouvait croire qu’elles avaient atteint les limites de la connaissance humaine. Mais, chaque fois, des hommes venus des quatre coins de la Méditerranée se sont fondu dans son creuset et ont relevé de leurs mains savantes ses édifices. Un homme nouveau y grandit aujourd’hui qui porte en lui, comme des alluvions successives, les traits de ceux qui l’ont précédé sur ces rivages.

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